Les Papillons Blancs accompagnent des personnes dans leur vie affective et sexuelle

À lire sur le site L’Alsace:

Ils ont aussi une vie affective

En dépit des tabous et des non-dits, les personnes en situation de handicap mental entretiennent des relations affectives, ont des relations sexuelles et vivent parfois en couple. Fin septembre se déroulait à la Maison d’accueil spécialisée des Papillons Blancs à Turckheim une après-midi sur le thème de « L’amour en fête ».

2 octobre 2016

vie affective

La soirée « White Butterfly » de jeudi dernier au club 1900 à Mulhouse.Photo L’Alsace/

C’est quoi la recette de l’amour ? « Pas de dispute, pas de violence », répondent Solange et Jean-Paul, en couple depuis seize ans. Tous deux vivent aujourd’hui au Moulin, foyer d’hébergement pour personnes handicapées mentales à Mulhouse. En guise de démonstration, Solange glisse délicatement un petit bisou dans le cou de Jean-Paul.

Pour eux, ça a l’air simple, ils ne se sont d’ailleurs pas trop sentis concernés par les problématiques évoquées dans le docu-fiction Tu veux ou tu peux pas projeté ce vendredi après-midi à la Maison d’accueil spécialisée des Papillons Blancs à Turckheim, à l’occasion de « L’amour en fête », temps de réflexion consacré à la vie affective, relationnelle et sexuelle des résidents des Papillons Blancs du Haut-Rhin et de l’Adapei 67.

Des familles opposées au mariage

Du point de vue des gens « normaux », il semble encore difficile de concevoir que les handicapés mentaux puissent nouer des liens amoureux et avoir des relations sexuelles. « J’aimerais que les personnes qui, entre guillemets, ne sont pas handicapées, voient ce film pour faire évoluer les consciences » , réagit un résident strasbourgeois après avoir visionné le documentaire.

Gisèle et Jean-Maurice, 54 et 68 ans, se sont connus en foyer. « Nous souhaitions nous marier, mais nos familles s’y sont opposées. » Ils se sont donc fiancés symboliquement, en échangeant montre et bague. Mais la blessure narcissique est là : « Cela nous a choqués, vexés. » Tout comme la stérilisation – apparemment pas consentie – de Gisèle a laissé des traces.

Jusqu’à la seconde moitié du XXe siècle, la sexualité des personnes en situation de handicap mental était niée et quasiment pas prise en compte par les politiques sociales et sanitaires.

Distributeurs de préservatifs ?

Aux Papillons Blancs, les professionnels se sont officiellement emparés de la question en 2005. Ils ont écrit un manifeste interpellant leur hiérarchie afin qu’elle se positionne pour mettre fin à l’improvisation. Trois ans de travail ont été nécessaires pour aboutir à la charte Vie affective, relationnelle et sexuelle (VARS) des personnes hébergées aux Papillons Blancs. Celle-ci a notamment permis la mise en place d’un comité de veille éthique composé d’administrateurs, de parents, de professionnels et ponctuellement de personnes handicapées, qui a commencé à fonctionner en 2014 et se réunit tous les deux mois.

« Le but est de prendre connaissance de ce qui fonctionne dans les différents établissements, indique Daniel Diebold, directeur adjoint des Papillons Blancs. Le comité peut également être saisi de questions précises. Dernièrement, deux établissements ont demandé s’il était indiqué d’installer des distributeurs de préservatifs dans leurs locaux. Le comité a bien sûr répondu par l’affirmative. »

La charte a également préconisé la création de groupes de parole. Les professionnels y ont été formés par la sexo-pédagogue spécialisée Catherine Agthe (lire ci-dessous). « Après quelque temps de fonctionnement, nous avons décidé d’établir un partenariat avec le Planning familial », précise Daniel Diebold. Dans ses cartons et à l’état de projet pour le moment, l’idée ambitieuse de la création d’un centre de ressources départemental VARS qui serait basé à Mulhouse. « On y trouverait de la documentation, du matériel – de style sex-shop –, de l’écoute, un accompagnement, etc. »

Depuis deux ans, les soirées « White Butterfly » battent leur plein tous les jeudis soirs dans la discothèque mulhousienne Club 1900. Les invitations sont lancées par les Papillons Blancs et la soirée est ouverte à tous, personnes handicapées, familles, fratries, amis, membres ou non des Papillons Blancs.

(…)

Lire la suite.