Ghana – Situation des personnes handicapées mentales

A lire sur le site de Human Rights Watch

Ghana : Il faut réformer d’urgence le système de soins relatif à la santé mentale

La visite d’un expert des Nations Unies a jeté la lumière sur les abus commis à l’encontre de personnes souffrant de déficiences mentales

19 novembre 2013
  • Les résidents du Centre de renouveau spirituel et de guérison Heavenly Ministries, dans le sud du Ghana, atteints d’un handicap mental, sont confinés dans des espaces restreints qu’ils ne sont autorisés à quitter qu’avec l’autorisation du personnel de ce « camp de prière » ; certains sont enchaînés au mur.  © 2011 Shantha Rau Barriga/Human Rights Watch

« L’expert des Nations Unies en charge des questions sur la torture a exprimé de sérieuses inquiétudes à propos du recours au traitement par électrochocs et de l’enchaînement prolongé des personnes atteintes d’un handicap mental. Il a envoyé un message clair : le gouvernement ghanéen devra mettre les moyens nécessaires en œuvre pour que cesse ce traitement inhumain et dégradant – et il devra agir rapidement en ce sens. »
Shantha Rau Barriga, responsable de la défense des droits des personnes handicapées

(Nairobi, le 19 novembre 2013) – La visite récente au Ghana de l’expert des Nations Unies chargé des questions sur la torture souligne la nécessité de mettre fin aux abus perpétrés à l’encontre des personnes atteintes d’un handicap mental, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Le gouvernement du Ghana devrait prendre des mesures pour mettre en œuvre la loi de 2012 sur la Santé mentale avant la fin de l’année 2013.

Le rapporteur spécial sur la torture auprès de l’ONU, Juan Mendez, a fait part, à l’occasion de sa visite qui a eu lieu du 8 au 14 novembre, de sa préoccupation profonde quant à l’état du système de soins ghanéen pour la santé mentale et a demandé une réforme urgente des hôpitaux psychiatriques et des camps de prière accueillant les personnes qui souffrent de déficiences mentales.

« L’expert des Nations Unies en charge des questions sur la torture a exprimé de sérieuses inquiétudes à propos du recours au traitement par électrochocs et de l’enchaînement prolongé des personnes atteintes d’un handicap mental », a indiqué Shantha Rau Barriga, responsable de la défense des droits des personnes handicapées chez Human Rights Watch. « Il a envoyé un message clair : le gouvernement ghanéen devra mettre les moyens nécessaires en œuvre pour que cesse ce traitement inhumain et dégradant – et il devra agir rapidement en ce sens. »

Le gouvernement doit, dans un premier temps, appliquer les dispositions de la loi de 2012 sur la Santé mentale, y compris mettre en place le mécanisme de surveillance pour commencer à organiser des visites des établissements psychiatriques et des camps de prière non réglementés à travers le pays, a indiqué Human Rights Watch.

Dans certains des milliers de camps de prière privés au Ghana, des personnes atteintes d’un handicap mental -–dont certaines n’ont pas plus de 5 ans – sont enchaînées par les chevilles à des arbres dans des cours ouvertes où elles dorment, défèquent et se baignent.

Dans ce rapport remis aux Nations Unies en mars de cette année, Mendez a indiqué qu’aucun motif thérapeutique ne justifie le recours à la contrainte prolongée des personnes souffrant de déficiences et que tout recours à des moyens de contrainte, même pendant une courte période de temps, pourra s’apparenter à de la torture ou à des mauvais traitements. Il a demandé au gouvernement ghanéen de mettre en application la loi sur la Santé mentale, y compris la surveillance des camps de prière, d’ici la fin de l’année 2013.

Human Rights Watch a fait état des mauvais traitements infligés aux personnes atteintes d’un handicap mental au Ghana dans son rapport 2012 : ‘Like a Death Sentence’: Abuses against Persons with Mental Disabilities in Ghana (« Comme une peine de mort » : Abus contre les personnes atteintes d’un handicap mental au Ghana). Le rapport décrit la façon dont des milliers de personnes souffrant de déficiences mentales comme le trouble bipolaire ou la schizophrénie sont contraintes de vivre dans des hôpitaux psychiatriques, souvent contre leur gré et sans qu’elles ne puissent vraiment contester leur internement.

Human Rights Watch a constaté que des centaines au moins – et des milliers sans doute – de personnes atteintes d’un handicap mental sont détenues dans des camps de prière associés aux églises pentecôtistes et évangéliques. Gérés par des prophètes autoproclamés, ces camps opèrent en dehors de tout contrôle du gouvernement. Les personnes souffrant de déficiences mentales qui vivent dans ces camps n’y reçoivent aucun traitement médical et, au lieu de cela, sont forcées de prendre des concoctions à base d’herbes ou sont privées de nourriture ou d’eau pendant des jours. Certains vivent dans les camps de prière depuis cinq ans.

Le Rapporteur spécial a également fait part de ses préoccupations quant au traitement par électrochocs dans l’hôpital psychiatrique d’Accra qui n’est pas pratiqué en dernier recours et qui est réalisé sans anesthésie et sans le consentement libre et informé du patient. Dans les hôpitaux psychiatriques du Ghana, Human Rights Watch a également constaté un manque de travailleurs formés à la santé mentale ainsi que des conditions de surpeuplement et d’insalubrité, avec des odeurs nauséabondes se dégageant de certains services ou même des excréments jonchés sur le sol à cause de systèmes d’égouts défaillants.

Le gouvernement devrait créer des services de soutien communautaires, y compris des services de logement et de soins de santé, qui puissent permettre aux personnes souffrant de déficiences mentales de vivre dans la communauté, a indiqué Human Rights Watch. Le gouvernement devrait s’assurer que les personnes ne sont pas détenues de force dans des camps de prière ou des hôpitaux psychiatriques et qu’elles ont accès aux mécanismes leur permettant de porter plainte en cas de violation de leurs droits.

« Les personnes souffrant de problèmes de santé mentale ont besoin d’un soutien communautaire, pas d’un traitement par électrochocs », a déclaré Shantha Rau Barriga. « Nous espérons que la visite du Rapporteur spécial va impulser un changement véritable en faveur de la réforme du système de santé mentale au Ghana. Des milliers de personnes comptent sur ce changement. ».

Situation of people with mental disabilities in Ghana

To read on Human Rights Watch:

Ghana: People With Mental Disabilities Face Serious Abuse

People with mental disabilities suffer severe abuses in psychiatric institutions and spiritual healing centers in Ghana, Human Rights Watch said in a report released today. The Ghanaian government has done little to combat such abuse or to ensure that these people can live in the community, as is their right under international law.

The 84-page report, “‘Like a Death Sentence’: Abuses against Persons with Mental Disabilities in Ghana,”describes how thousands of people with mental disabilities are forced to live in these institutions, often against their will and with little possibility of challenging their confinement. In psychiatric hospitals, people with mental disabilities face overcrowding and unsanitary conditions. In some of the spiritual healing centers, popularly known as prayer camps, they are often chained to trees, frequently in the baking sun, and forced to fast for weeks as part of a “healing process,” while being denied access to medications.

The report also highlights the challenges of people with mental disabilities who live in the community, who face stigma and discrimination and often lack adequate shelter, food, and healthcare.

“The government needs to take immediate steps to end abuses against people with mental disabilities in institutions, prayer camps, and the community,” said Medi Ssengooba, Finberg fellow at Human Rights Watch. “The conditions in which many people with mental disabilities live in Ghana are inhuman and degrading.”

The report is based on more than 170 interviews with people with mental disabilities in the country’s three public psychiatric hospitals, and in eight prayer camps and the community; family members; healthcare providers; administrators and staff of prayer camps; government officials; and staff members of both local and international organizations working in Ghana.

The World Health Organization estimates that close to 3 million Ghanaians live with mental disabilities and 600,000 of these have very severe mental conditions.

Ghana’s three public psychiatric hospitals – in Accra, Pantang, and Ankaful – house an estimated 1,000 people with mental disabilities. In all three institutions, Human Rights Watch found filthy conditions, with foul odors in some wards or even feces on the floors due to broken sewage systems. The hospital in Accra was severely overcrowded and many people spent all day outside the hospital building in the hot sun, with little or no shade.

Human Rights Watch found that at least hundreds – and possibly thousands – of people with mental disabilities are institutionalized in prayer camps associated with Pentecostal churches. Managed by self-proclaimed prophets, these camps operate completely outside of government control. People with mental disabilities at these camps do not receive any medical treatment – in some, such treatment is prohibited even when prescribed by a medical doctor. Instead, the prophets seek to “cure” residents through miracles, consultation with “angels,” and spiritual healing.

The report found even worse conditions in prayer camps than in psychiatric institutions. At the eight prayer camps inspected, nearly all residents were chained by their ankles to trees in open compounds, where they slept, urinated, and defecated and bathed. Some had been at the prayer camps for as long as five months. As part of the “healing process,” people with mental disabilities in these camps – including children under age 10 – are routinely forced to fast for weeks, usually starting with 36 hours of so-called dry-fasting, denied even water.

Doris Appiah lived both in prayer camps and psychiatric hospitals for a total of over 10 years, but is now living in the community. While in prayer camps, Appiah was tied with ropes for over two months, and forced to take harmful local herbs, which caused side effects to her tongue.

“As soon as you get a mental disability, you nearly lose all your rights, even to give your opinion,” she told Human Rights Watch. “We call on government to ensure that services are available to persons with mental disabilities as close as possible and that prayer camps are monitored to guard against abuse of those admitted.”

Ghana ratified the Convention on the Rights of Persons with Disabilities in July 2012. Under this convention, countries must undertake steps to ensure that people with mental disabilities can make important life decisions for themselves, including choosing their place of residence and with whom they live, and that they are not forced to live in institutions.

Ghana’s 2012 Mental Health Act, which went into effect in June, creates a system through which people with disabilities can challenge their detention in psychiatric hospitals. However, the law does not apply to prayer camps, leaving residents without legal remedies to seek release. In most prayer camps, residents may only leave when the prophet deems them healed.

The act also allows forced admission and treatment in psychiatric hospitals and promotes guardianship as opposed to supported decision-making, which limits people with mental disabilities from making their own decisions. Both are inconsistent with the Disability Rights Convention.

The government should create community-based support services, including housing and healthcare that enable people with mental disabilities to live in the community, Human Rights Watch said. Facilities where people with mental disabilities are admitted or treated, including prayer camps, should be carefully regulated. The government should also ensure that people are not forcefully detained in these facilities or in psychiatric hospitals and that they have access to mechanisms to challenge any violations of their rights.

“Ghana deserves credit for ratifying the Disability Rights Convention,” Ssengooba said. “Now it’s time for some real changes to both policy and practice for people with mental disabilities in Ghana.”