Qui a gagné le concours de l’Assiette Gourm’hand?

A lire sur le site La Voix du Nord:

Bailleul : une brochette de chefs au concours de l’Assiette Gourm’hand

Publié le 18/11/2014

PAR H. DAUSCHY (CLP)

Samedi, seize équipes de cuisiniers, venues de France et de Belgique, ont concouru pour décrocher la première place du concours culinaire de l’Assiette Gourm’hand, destiné aux personnes souffrant de handicap.

Assiette Gourm’hand

Pierre-Henri Masson, très ému, a remporté le concours, devant l’équipe hazebrouckoise, Katheleen Lecomte et Kevin Baert.

Il est un peu plus de 16 h 30, samedi, au lycée Sainte-Marie, quand le jury de cette douzième édition rend son verdict : Pierre-Henri Masson (originaire des Côtes-d’Armor), aidé par Stéphane Le Goff, s’adjuge la première place du concours. À 23 ans, Pierre-Henri, atteint de trisomie 21, n’en revient pas. Tout comme ses parents. « On est les premiers surpris des compétences de Pierre et de son énergie […]. C’est aussi inespéré qu’inattendu […]. On est aujourd’hui comblés », confient-ils, les yeux remplis de larmes, devant une assemblée tout aussi émue.

Une belle leçon de vie

De 7 h 30 jusqu’en milieu d’après-midi, les seize équipes se sont succédé dans les cuisines de l’établissement. L’objectif du jour : envoyer dix assiettes en une heure et demie et convaincre les vingt-six membres du jury, notamment composé des meilleurs ouvriers de France, du chef cuisinier de l’Élysée et d’autres grands noms de la cuisine française. « Cette année, les candidats nous ont encore donné une belle leçon de vie. Ils ont montré qu’ils pouvaient aller au-delà de leurs capacités, sans esprit de compétition […]. Beaucoup de jeunes en cuisine devraient en tirer une leçon », témoigne Bernard Leprince, meilleur ouvrier de France et Chef des Chefs du groupe de restaurants Frères Blanc.

Le concours a une nouvelle fois connu un grand succès, « on a même dû refuser des participants », précise Benoît Flahaut, cuisinier et président de l’association L’Assiette Gourm’hand, à l’origine de l’événement. Mais depuis 2003, le but reste le même : reconnaître et valoriser le travail des personnes porteuses d’un handicap mental.

Parmi les équipes présentes, l’une d’elles venait d’Hazebrouck. Katheleen Lecomte, coachée par Kévin Baert, représentait l’Établissement et service d’aide par le travail (ESAT) du Pont des Meuniers, qui concourait pour la quatrième année consécutive. Le binôme, qui participait pour la première fois, travaille au restaurant La Ballanden d’Hazebrouck. Comment ont-ils vécu le concours ? « On est resté concentrés jusqu’à la fin, même si on a eu un peu de pression lors de l’envoi. On a réussi à respecter le temps. On est très fiers de ce qu’on a fait, grâce à un bon travail d’équipe », confie le binôme. Sa recette de filet de poulet aux saveurs du nord n’a peut-être pas convaincu le jury, mais Katheleen reste bonne joueuse, et encourage « les collègues à participer l’année prochaine. On a eu beaucoup d’émotion aujourd’hui ! » L’équipe hazebrouckoise est arrivée 4e ex-aequo.

Pierre-Henri Masson, au côté de Stéphane Le Goff, son entraîneur (à gauche), a reçu la médaille du Président de la République.

Pierre-Henri Masson, au côté de Stéphane Le Goff, son entraîneur (à gauche), a reçu la médaille du Président de la République.

L’équipe hazebrouckoise, Katheleen Lecomte et Kevin Baert, a terminé 4 e ex-aequo.

L’équipe hazebrouckoise, Katheleen Lecomte et Kevin Baert, a terminé 4 e ex-aequo.

Une pièce (pas) ordinaire, docu de 52 minutes

A lire sur le site Le JDC:

Le réalisateur neversois Pierre Otzenberger présent au Mois du documentaire

13/11/14

Une pièce (pas) ordinaire

relate une aventure peu commune : la création d’une pièce de théâtre par des personnes handicapées mentales.? – Droits réservés

Le Ciné-club de Nannay et le Crystal Palace, à La Charité, proposent de rencontrer, pendant une semaine, dès dimanche, cinq réalisateurs, dans le cadre du Mois du documentaire . Dont le Neversois Pierre Ortzenberger.

Le Neversois Pierre Otzenberger fait partie des cinq réalisateurs qui viennent présenter leur documentaire, dans le cadre du Mois du film documentaire relayé, en Pays charitois, par le ciné-club de Nannay et le Crystal Palace de La Charité-sur-Loire. Il présentera Une pièce (pas) ordinaire, docu de 52 minutes, tourné à Nevers, qui relate la création d’une pièce de théâtre par des adultes souffrant d’handicap mental du Centre Adapei Saint-Genest, à Nevers.

Pourquoi vous êtes-vous lancé dans ce projet ambitieux, pour votre premier film ? La rencontre avec la professeur de théâtre, Nathalie Jadot, qui m’a parlé de son travail, a été déterminante. J’ai vécu un cours avec ces élèves. Il y avait quelque chose à faire… J’ai senti une énergie particulière, très puissante. J’ai suivi cette aventure en racontant comment ils la vivaient. Certains sont plus dans le travail, d’autres dans l’humour. C’est comme un feu d’artifice, avec plein de libérations différentes. Chacun se détache avec sa personnalité.

À Paris, en Belgique

Quel accueil a reçu votre film ? Extraordinaire, lors des premières projections. Après s’être donné autant de mal pendant un an et demi, ça fait du bien… Deux projections ont eu lieu à Paris, une à Guérigny, pour remercier les gens qui ont participé au film. Car il s’est monté avec un financement participatif. Il a aussi été projeté à Nevers, en octobre, au festival de l’Espace Bernadette.D’autres projections sont-elles prévues ? Oui, plusieurs avec des associations intervenant auprès de personnes handicapées, un peu partout en France et en Belgique.

Ariane Bouhours

La nouvelle classe des Lucioles à Plessisville

A lire sur le site La Nouvelle:

Une nouvelle classe toute en lumières à la polyvalente La Samare

Publié le 07 novembre 2014

Lucioles

Une nouvelle classe en adaptation scolaire et sociale a été inaugurée à la polyvalente La Samare. Il s’agit de la nouvelle classe des Lucioles dont l’objectif est de dispenser des services à des élèves qui présentent une déficience intellectuelle. (Photo gracieuseté)

PLESSISVILLE. C’est avec émotion que la nouvelle classe des Lucioles a été inaugurée jeudi à la polyvalente La Samare de Plessisville.

Entourée des familles, des directions de l’établissement, de représentants des services éducatifs, de la présidente de la Commission scolaire des Bois-Francs, Paulette S. Rancourt et de son directeur général, Daniel Sicotte, l’équipe des Lucioles a tenu à rendre hommage à leurs élèves et à leurs familles, ainsi qu’à tous ceux qui gravitent autour d’eux et les accompagnent à voler plus haut et plus loin.

La mission de cette nouvelle classe est de dispenser des services scolaires aux élèves d’âge préscolaire et primaire (5-12 ans) qui présentent une déficience intellectuelle moyenne à sévère, une déficience intellectuelle profonde, un déficit important au niveau du développement sensori-moteur et/ou un retard global de développement, en leur procurant un environnement et un encadrement qui favorisent leur développement personnel et leur intégration sociale.

L’équipe a choisi le nom des Lucioles de par l’inspiration que leur apportent les élèves. «Ils sont, à nos yeux, des êtres lumineux, des anges aux ailes brillantes qui nous émerveillent par leurs multiples couleurs. Lorsqu’on les regarde, leur lumière scintille et nous révèle ce qu’ils sont : des êtres purs remplis de richesses et d’une authenticité sans pareil. À travers leurs «apprenti-sages», ils nous éclairent avec sagesse sur ce qu’il y a de plus important, soit le pouvoir et la simplicité du moment présent.»

Une belle surprise attendait les membres de l’équipe-classe. Stéphane Paris, du comité organisateur du Festival du bœuf d’Inverness, a remis un don de 1 000 $ à la classe des Lucioles de même qu’à celle des Débrouillards dans le but qu’elles puissent se procurer du matériel adapté à la réalité et aux besoins particuliers de leurs élèves.

Le Festival du bœuf d'Inverness a contribué pour une somme de 1000 $ pour permettre à la nouvelle classe des Lucioles et à celle des Débrouillards de se procurer du matériel adapté aux besoins particuliers de leurs élèves. (Photo gracieuseté)

Le Festival du bœuf d’Inverness a contribué pour une somme de 1000 $ pour permettre à la nouvelle classe des Lucioles et à celle des Débrouillards de se procurer du matériel adapté aux besoins particuliers de leurs élèves. (Photo gracieuseté)

Étude – Parentalité des personnes présentant une déficience intellectuelle

parentalité

A lire sur le site de la Revue du CNRIS, vol. 6, no. 1:

Étude exploratoire des représentations sociales de la parentalité des personnes présentant une déficience ou une lenteur intellectuelle

Par Élise Milot, Université Laval

Ce texte porte sur la recherche réalisée par Élise Milot dans le cadre de sa thèse de doctorat en service social à l’Université Laval, supervisée par M. Daniel Turcotte et Mme Sylvie Tétreault. L’auteure tient à remercier tous les intervenants et les parents ayant participé à ce projet ainsi que les organisations suivantes pour leur soutien financier et leur collaboration : le Consortium national de recherche sur l’intégration sociale (CNRIS), le Fonds de recherche du Québec-société et culture (FQRSC) et le Centre jeunesse de Québec – Institut universitaire (CJQ-IU). Depuis juin 2014, Élise Milot est professeure à l’École de service social de l’Université Laval.

Aujourd’hui, devenir parent s’avère le choix convoité par un nombre grandissant d’adultes ayant une déficience ou une lenteur intellectuelle (DI/LI)1. Dans plusieurs pays, dont le Canada, il s’agit d’une décision faisant l’objet d’un droit légalement reconnu. Indéniablement, être parent représente une dimension de la vie à la fois gratifiante et source de défis. Pour les parents ayant une DI/LI, les défis s’en trouvent accrus en raison des stresseurs personnels, familiaux et environnementaux auxquels ils doivent faire face. À titre d’exemple, plusieurs d’entre eux vivent dans des conditions qui se caractérisent par la pauvreté, l’isolement social et un niveau de stress élevé. De plus, certains ignorent la présence des ressources de soutien disponibles, alors que d’autres vivent dans la peur d’être jugés défavorablement par les membres de leur entourage ou de perdre la garde de leurs enfants (Traustadóttir, & Sigurjónsdóttir, 2010).

Or, en dépit de défis importants, plusieurs parents ayant une DI/LI sont en mesure d’acquérir les compétences nécessaires pour assumer adéquatement leurs responsabilités parentales. En effet, ils peuvent apprendre à développer des interactions positives avec leur enfant, à améliorer leurs habiletés de résolution de problèmes, à développer des savoir-faire utiles à la réalisation des activités de leur vie quotidienne, à assurer la sécurité de leur enfant et à choisir les approches appropriées à une meilleure gestion des comportements (Wade, Llewellyn & Matthews, 2008). Généralement, ces objectifs peuvent être atteints lorsqu’ils reçoivent du soutien et qu’ils bénéficient d’interventions éducatives et psychosociales adaptées à leurs besoins, à condition que celles-ci s’actualisent dans un climat d’ouverture et de coopération. Or, la collaboration parents-intervenants se bute à différents obstacles tels que l’absence ou l’insuffisance des services de soutien et la présence d’attitudes négatives à l’égard de ces personnes et, plus particulièrement, à l’égard de la possibilité qu’elles deviennent des parents. Afin de mieux comprendre cette situation, une étude doctorale en service social s’est intéressée à la manière dont des intervenants (CRDITED, CSSS, centres jeunesse, organismes communautaires) et des parents ayant une déficience ou une lenteur intellectuelle se représentent cette parentalité bien singulière en contexte québécois. À cet égard, l’examen de leurs représentations sociales offre une avenue pertinente et originale pour développer une meilleure compréhension de leur réalité respective.

Cadre d’analyse

Une représentation sociale réfère à un ensemble organisé d’opinions, d’attitudes, de croyances et d’informations relatives à un objet qui est déterminé à la fois par l’individu lui-même, par le système social dans lequel il se situe et par la nature des liens qu’il entretient avec ce système social (Abric, 2009). Cette interprétation de la réalité permet de donner un sens à ses conduites et de comprendre la réalité à travers son propre cadre de référence (Rateau, 2007).

Selon Moscovici (1961), le système représentationnel se précise autour de trois dimensions. Celles-ci sont : (1) l’attitude générale, qui correspond aux dispositions, plus ou moins favorables, des individus à l’égard de l’objet de représentation; (2) la somme des connaissances sur le sujet et (3) le champ, qui se définit comme la structure qui emmagasine, organise et hiérarchise les différents éléments constituant la représentation. Or, puisque le champ de représentation est un aspect plus abstrait et qui se retrouve, en quelque sorte, intégré aux deux autres dimensions, il n’a pas été approfondi dans le cadre de cette étude. Celle-ci s’est intéressée uniquement aux éléments constitutifs des représentations sociales qui permettent de rendre compte de l’attitude générale et des connaissances des participants à l’égard de l’objet de représentation. De plus, puisqu’il importe de considérer le contexte dans lequel s’inscrit la représentation, une attention particulière a été portée sur cet aspect, tel qu’en témoignent les objectifs formels de la démarche.

Objectifs

Cette étude vise l’exploration des représentations sociales de la parentalité des personnes ayant une DI/LI chez des parents présentant cette condition et des intervenants sociaux d’établissements publics et d’organismes communautaires en contexte québécois. Les objectifs sont : (1) dégager les composantes sociocognitives (opinions, attitudes, croyances) et cognitives (informations) au coeur du système représentationnel; (2) ressortir les convergences et les divergences inter et intragroupes et (3) identifier les facteurs personnels et contextuels liés aux représentations sociales.

Méthode de recherche

Afin d’explorer en profondeur diverses facettes du même phénomène, différents critères ont été établis afin de recruter des représentants des deux groupes (parents et intervenants) détenant des expériences diversifiées.

L’entretien semi-structuré a été choisi comme outil principal de collecte de données auprès des participants puisqu’il favorise une expression libre et naturelle des répondants à l’égard de connaissances et de significations partagées socialement (Jodelet, 2003). Par ailleurs, différents aspects propres aux caractéristiques des participants et à leurs milieux de vie ou de travail ont été recueillis grâce à des fiches sociodémographiques. Puis, les propos de tous les participants ont été retranscrits avant de faire l’objet d’analyses qui avaient pour but d’identifier les éléments directement liés aux objectifs de la recherche. En ce qui a trait aux données sociodémographiques, celles-ci ont été consignées dans un document Excel, ce qui a permis le calcul de moyennes et d’analyses de fréquence.

L’échantillon

Neuf parents et vingt-sept intervenants ont participé à cette étude.

Des neuf parents interrogés, six présentent un diagnostic de déficience légère et les trois autres reconnaissent avoir des limitations cognitives illustrées par les difficultés ayant marqué leur parcours de vie. Celles-ci réfèrent aux apprentissages scolaires (p. ex. : fréquentation de classes spéciales) et à leur intégration sociale (p. ex. : mise à pied fréquentes et difficulté à conserver un emploi). Les six mères et les trois pères de l’échantillon sont âgés de 22 à 59 ans. Ils vivent majoritairement en milieu rural (n=7). Ils sont sans emploi à temps plein et bénéficient de prestations gouvernementales (solidarité sociale). Cinq de ces neuf parents ont la garde de leurs enfants. Ces derniers bénéficient de mesures de soutien offertes principalement par des proches et par un seul intervenant d’un CRDITED ou d’un organisme communautaire. Les quatre autres parents de l’échantillon se sont vu retirer la garde de leur enfant en vertu de la Loi sur la protection de la jeunesse. Lorsque rencontrés, ces derniers vivaient leur parentalité à travers des contacts supervisés selon les modalités du placement de l’enfant convenues.

Parmi les vingt-sept intervenants de l’échantillon, âgés de 24 à 65 ans, se retrouvent principalement des femmes (n=25). Les emplois les plus fortement représentés relèvent de l’éducation spécialisée (n=14) et du travail social (n=10), ce qui est illustré par le tableau 1. La plus grande proportion des intervenants rencontrés (n=11) ont pour mandat d’offrir des services en déficience intellectuelle, que ce soit au niveau de la première ligne (programme clientèle du CSSS) ou de la deuxième ligne (CRDITED).

Milot 1

Tableau 1 : Quelques caractéristiques des intervenants de l’échantillon

Principaux résultats

Cette synthèse des principaux résultats se subdivise en deux sections. Il sera d’abord question d’une description de l’attitude générale et des connaissances relatives aux représentations sociales des intervenants et des parents. Les principaux facteurs relatifs au contexte seront ensuite décrits.

Lire l’article complet.

L’exil des enfants français touche aussi le domaine scolaire

A lire sur le site Le Figaro:

Ces enfants handicapés obligés de s’exiler de France pour aller à l’école

Par Caroline Piquet     Publié

exil des enfants

De nombreuses écoles spécialisées, de la maternelle au lycée, ont accueilli près de 2800 petits Français handicapés en 2013-2014. Crédits photo : JOEL ROBINE/AFP

Faute de place dans les établissements spécialisés français, plusieurs centaines d’enfants se rendent en Belgique ou en Suisse pour suivre des cours adaptés à leur handicap.

La scolarisation des enfants handicapés est un perpétuel casse-tête pour certains parents. Manque de place dans les structures spécialisées, échec de l’accompagnement en milieu ordinaire… Environ 20.000 enfants handicapés seraient obligés de rester à la maison. Face à cette situation, des milliers de parents sont contraints de scolariser leurs enfants en Belgique et parfois en Suisse. Une solution toujours très compliquée.

Un manque de place en France

Malgré les nombreux dispositifs mis en place par la France pour scolariser les enfants handicapés, «on manque cruellement de places en établissements spécialisés, notamment dans les Instituts médico-éducatif (IME)», déplore Sophie Cluzel, présidente de la Fnaseph (Fédération nationale des associations au service des élèves présentant une situation de handicap). Ces enfants lésés sont souvent autistes ou polyhandicapés (handicap mental et moteur). «Ils sont aptes à suivre un cours dans une école spécialisée mais ne trouvent aucune place dans un foyer médical», précise de son côté Bernard Peyroles, président de l’association Andephi (Association nationale de défense des personnes handicapées en institution).

Les parents préfèrent la Belgique

La prise en charge en Belgique serait aussi meilleure. «Certains parents ne veulent plus d’une approche purement médicale, voire psychiatrique et souhaitent une prise en charge plus éducative et comportementale», explique encore Sophie Cluzel de la Fnaseph. Contrairement à la France, qui cherche prioritairement à scolariser les enfants dans les classes ordinaires, la Belgique a depuis les années 1970 privilégié la voie de l’enseignement spécialisé. Dans ces écoles, les classes comptent très peu d’élèves (une dizaine environ), ce qui permet à l’enseignant de se concentrer sur chacun et d’adapter sa pédagogie en fonction des besoins de l’enfant.

C’est notamment le cas à l’école «Les Co’Kain». Cet établissement de niveau maternel et primaire accueille principalement des enfants autistes dont 40% de Français. Ici les classes sont composées de six enfants. Après leur visite dans cette école spécialisée en 2012, les sénatrices Isabelle Debré et Claire-Lise Campion n’avaient pas caché leur enthousiasme: «Les progrès réalisés, au fil des ans, sont remarquables», écrivaient-elles dans leur rapport parlementaire. «Des petits arrivés à l’école dans un état très grave (mutisme, comportements violents…) parviennent quelques mois plus tard, à communiquer, à faire des activités, à ne plus être effrayés par la présence d’autrui (…) Pour les parents, l’enseignement spécialisé représente un immense soulagement car leur enfant, bien qu’handicapé, est pris en charge dans une véritable école et non en institution spécialisée».

Au moins 2800 enfants concernés

Séduits par ces méthodes pédagogiques et face à la pénurie de place en France, les parents envoient principalement leurs enfants en Wallonie où de nombreuses écoles spécialisées, de la maternelle au lycée, accueillent près de 2800 petits Français handicapés: une majorité d’entre eux (environ 1800) sont hébergés dans des établissements spécialisés et vont à l’école en bus ou à pied. Les autres enfants (près d’un millier) font les navettes tous les jours entre la France et la Belgique. «Soit les parents viennent les chercher, soit des minibus les ramènent ou alors ils prennent le taxi», raconte Bernard Peyroles, président de l’association Andephi, en rappelant qu’une grande majorité d’entre eux viennent du Nord-Pas-de-Calais et d’Île-de-France.

Des dépenses prises en charge par la Sécurité sociale

Si l’école belge est gratuite, les déplacements et l’accueil en Institut médico-pédagogique (IMP) sont en revanche payants. La facture peut d’ailleurs vite grimper: comptez entre 150 et 180 euros par jour pour le centre d’hébergement spécialisé, plus, le cas échéant, la course en taxi dont le prix moyen s’élève à 160 euros le trajet. Toutes ces dépenses sont prises en charges par la Sécurité sociale française qui rembourse chaque année près de 60 millions d’euros en frais de transports et en hébergement pour ces petits Français scolarisés en Belgique.

Un système en apparence coûteux

Bien que ce montant paraisse élevé, ce système de sous-traitance reste avantageux pour la France. L’explication est simple: la différence de prix entre la Belgique et la France peut aller du simple au double. «Par exemple, le tarif d’hébergement à la journée dans un foyer médicalisé en France tourne autour de 200 à 400 euros alors qu’il est de 180 en Belgique», constate Isabelle Resplendino, déléguée Belgique pour Autisme France qui explique cet écart de tarifs par des normes plus contraignantes en France, notamment en terme de bâti et de personnel encadrant. En laissant partir les Français en Belgique, elle s’épargne aussi la contruction de structures coûteuses, exigeantes au niveau des normes de construction à respecter.

«Les usines à Français»

Côté belge, certains ont bien compris l’intérêt de recevoir des Français. Autorisés par l’Agence wallonne d’intégration des personnes handicapées (AWIPH), ces centres spécialisés ont fleuri le long de la frontière franco-belge, passant de 98 en 2011 à 140 en 2014. «Mais, sans généraliser ce fait, certains gérants de grosses structures sont uniquement motivés par une logique commerciale», regrette Isabelle Resplendino. «On les appelle d’ailleurs les usines à Français». Résultats: les familles ont parfois de mauvaises surprises. «Il arrive que ces centres restreignent les retours dans la famille, cherchent à faire des économies sur la qualité des repas ou bien tombent très facilement dans la médicamentation dès qu’il y a un problème de comportements», décrit la responsable d’Autisme France.

Vers un renforcement des contrôles

En 2011, un accord-cadre a été signé entre la France et la Wallonie pour mettre en place des contrôles bilatéraux de ces établissements, très peu surveillés. Cet accord n’est toujours pas appliqué. Mais le processus avance: une première commission mixte Wallonne-France s’est réunie début octobre avec Ségolène Neuville, secrétaire d’Etat en charge des personnes handicapées. Lors de cette réunion, le nouveau ministre wallon des personnes handicapées, Maxime Prévot, s’est notamment engagé à faire relever les normes légales des établissements accueillant les Français au même niveau que celles des établissements accueillant des Belges. Il est aussi question d’une charte qualité qui donnerait lieu à un label, facilement repérable par les familles françaises.

Un choix toujours difficile pour les familles

A Bordeaux, Florence Perez, maman d’un enfant de 12 ans diagnostiqué hyperactif avec de gros troubles du comportement, connaît bien le problème de la scolarisation des enfants handicapés. Après une scolarité avec une auxilaire de vie scolaire (AVS), son fils Maxime a dû rejoindre un hôpital de jour à plein temps en 2010. «Alors qu’il avait 20 heures de cours par semaine, Maxime s’est retrouvé avec 30 minutes de classe par semaine», s’agace cette chef d’entreprise de 48 ans. «Résultat, il est déscolarisé et a un niveau CE2 à l’âge de 12 ans». Pour rattraper ce retard, elle a tenté de l’inscrire au cours du Cned, en vain.

Dernière déception en date: «Mon fils devait intégrer en janvier 2015 un Ulis (Unité localisé pour l’inclusion scolaire. NDLR) couplé avec un hôpital de jour, mais je viens d’apprendre que la directrice de l’hôpital ne voulait pas le prendre sous pretexte qu’il était trop difficile à gérer». Excédée, elle a décidé de déposer un référé liberté «pour que l’Etat puisse prendre son fils en charge». A-t-elle déjà pensé à la Belgique? «Non, soupire cette maman. On habite à Bordeaux et je n’ai pas du tout envie de me séparer de mon petit. Je comprends que les gens aillent en Belgique mais je trouve ça anormal, c’est inadmissible qu’on ne puisse pas prendre en charge nos enfants en France».