Maroc – Un centre scolaire pour enfants ayant une déficience intellectuelle

A lire sur le site de Handiplanet:

Techniques d’évaluation et élaboration d’un Projet Individuel Adapté pour la scolarisation des enfants au Centre Ichraq pour la l’Education et la Formation , Meknès, Maroc-

Par daoudi

Créé en 2005 le Centre Ichraq a opté pour une évaluation la plus fine possible des aptitudes de l’enfant en ayant recours à l’échelle marocaine des comportements adaptatifs, version scolaire et à des plans éducatifs individualisés qui en découlent.

Pouvez-vous situer le Centre Ichraq dans le contexte marocain ?

Le centre  Ichraq  a été créé le 22 septembre 2005  et inauguré par sa majesté le Roi Mohammed VI. Depuis cette date le centre accueille des enfants qui étaient rejetés par le système scolaire ordinaire de la région Meknès et qui étaient considérés comme des enfants à problèmes.

Le centre dispose de  8 classes scolaires, en plus d’une salle d’accueil, d’un bureau pour le psychologue, pour le directeur, d’un bureau pour le secrétariat, pour la présidente de l’association et du bureau du responsable pédagogique. Il y a également un hall pour activités de création pour les enfants, une salle de musique ou de théâtre ou de peinture ainsi qu’une cuisine.

Au départ, le nombre d’enfants inscrit ne dépassaient pas  40 enfants venant de différents coins de la région de Meknès, tous ces enfants n’étaient pas scolarisés, d’âges différents et   avec différents types de handicap. En 2008 ils étaient quatre-vingt, et en 2013 cent vingt, majoritairement avec un handicap mental ou associé. Actuellement 80 enfants présentent une déficience intellectuelle dont 60 environ sont trisomiques et 40 ont un trouble moteur associé. Au centre Ichraq l’âge varie de 2 à 16 ans. Après cet âge les jeunes  avaient la possibilité de rejoindre des ateliers d’apprentissage professionnel pour apprendre un métier. L’Association dispose de quelques locaux mis à disposition des bénéficiaires afin d’exposer et de vendre  leurs produits. Ces locaux sont bien situés au centre de la Médina de Meknès et offrent la possibilité d’intégration à plusieurs adolesents.

Quels étaient les enjeux de l’éducation des enfants ayant une déficience intellectuelle ?

La situation initiale était la suivante : les enfants avec une déficience intellectuelle  n’étaient pas acceptés à l’école publique  ordinaire du quartier. A cette époque (2000 – 2006) j’étais formateur de maitres du primaire avec  le Ministère de l’Education Nationale et j’avais la responsabilité d’initier le projet d’intégration des enfants à besoins spécifiques au niveau de la région de Meknès Tafilalet. Ce projet consiste en la création d’une Association des parents (qui servira de soutient à leur enfants ainsi au groupe éducatif de l’école) et la création d’une classe d’intégration scolaire au niveau d’une école du quartier. L’intégration de ces enfants en milieu ordinaire posait un problème car rien n’était fait pour leur permettre de progresser normalement.

En plus de ma responsabilité avec le Ministère de l’Education j’avais la responsabilité pédagogique au sein du Centre Ichraq, qui venait d’ouvrir ses portes pour accueillir et plus rapidement des enfants qui n’avaient pas de place ou qui étaient rejetés par les directeurs d’écoles qui n’ont pas vu venir le changement.

Juste un petit mot et pour être juste, avant de parler du projet,  je dirais que j’avais la possibilité d’aller plus vite, d’installer beaucoup de choses et de répondre aux attentes considérables des parents d’enfants à besoins spécifiques. D’où la réflexion sur une évaluation de ces enfants et sur la mise en place des Plans Individuels d’Apprentissage. Cette démarche n’était pas possible au sein de l’école publique, d’une part la résistance de la direction et des enseignants des classes ordinaires et d’autre part  la lenteur administrative et le poids de la hiérarchie. Au Centre Ichrac, la présidente, qui avait une grande sensibilité envers les personnes en situation de handicap, était la  seule avec qui je prenais les grandes décisions.

Quelles ont été les étapes qui ont abouti à la mise en place d’une évaluation des enfants par l’échelle marocaine des comportements adaptatifs ?

Les enfants  qui étaient au Centre Ichraq   venaient de tous les coins de la ville de Meknès et de sa région. Différents types  d’ handicap, avec des âges  entre 6 et 16 ans et des niveaux socio- économiques  et socioculturels très contrastés.

Une des solutions  proposée  au départ  était que chaque enfant qui se présente au Centre  avec sa famille  soit inscrit temporairement dans une classe appelée «  Classe de transition ». Pendant que La direction fait la collecte d’informations concernant la famille et l’enfant, l’équipe éducative entame la première étape d’observation de cet enfant dans différentes situations pédagogiques à l’intérieur de la classe et pendant les heures de récréations.

Une fois l’enfant est accepté au Centre et que sa présence ne pose pas de gros problèmes  de comportement (agressivité, violence, etc .. )  vis-à-vis de ses professeurs  et les autres élèves de la classe, l’enfant est inscrit définitivement dans une classe pour suivre les cours normaux. Généralement ces enfants s’habituent facilement dans la classe de transition et retrouvent la classe qui corresponde au niveau de l’enfant.

Pour conclure ce paragraphe, je dirai que ce projet pédagogique  s’articule autour de quatre étapes : 1-l’accueil de l’enfant et de sa famille 2- l’inscription au sein de la classe de transition 3-collecte des informations  par la direction et à travers des observations  et des  tests adaptés au contexte  scolaire marocain ( tests standards des matières scolaires en plus de l’Echelle Marocaine des Comportements Adaptatifs  -EMCA-  travail académique réalisé  au sein du Service d’Orthopédagogie Clinique de l’Université de Mons en Belgique pour l’obtention d’un Diplôme d’Etudes Approfondies en Psychologie et Sciences de l’Education 5- application du PEI ( Programme  Educatif Individualisé).

Que veut dire PEI ? 

Dans le milieu scolaire, le mot « Programme » renvoie souvent aux programmes scolaires qui sont en fait une description des contenus à acquérir et des aptitudes à maitriser en temps donné (une année scolaire).

Le « Programme éducatif » a une signification plus large puisqu’en plus du développement, il recouvre des savoir- faire comportementaux dans des domaines d’autonomie personnelle, professionnelle et sociale.

Quant  au terme « Individualisé », il fait référence à la manière dont le programme éducatif est établi. Alors que le programme scolaire s’adresse à l’ensemble d’une classe d’un niveau donné, le programme Educatif Individualisé ou (P .E.I.) est mis au point pour un individu en fonction ce qu’il est déjà capable de faire et de ce qu’il devrait apprendre.

Le PEI est constitué d’une liste d’objectifs annuels qui ont été retenus pour un enfant, adolescent ou adulte en situation de handicap.

  • Il représente, pour l’apprenant les apprentissages qu’il fera ou les services qu’il recevra au cours de l’année.
  • Il représente, pour l’enseignant ou l’éducateur, le programme annuel d’enseignement pour cet apprenant.

La détermination des priorités éducatives est une tache essentielle de l’éducateur et de l’enseignant : c’est en effet en fonction des objectifs retenus que l’on peut juger de l’efficacité d’une démarche éducative.

Cette mise en place est le fruit d’un travail de plusieurs années effectué au sein du Centre Ichraq (2005- 2009). Il a en effet été mis  au point pour répondre à des demandes d’intervenants qui nous ont été adressées depuis le début des années 2000, tant par les écoles accueillant des enfants ayant un handicap que par des associations œuvrant dans des centres spécialisé non scolaire.

Choix et structure de l’Échelle Marocaine Comportements Adaptatifs – VS.

L’échelle marocaine de comportements adaptatifs – version scolaire  a été élaborée en 2008 suite à l’identification du besoin d’un instrument correspondant aux réalités du milieu scolaire primaire au Maroc.  Cet outil vise à mesurer le niveau de fonctionnement adaptatif d’un élève, en particulier dans le contexte d’une contribution à l’absence ou la présence d’un diagnostic de retard mental. Afin d’avoir une évaluation plus juste des comportements adaptatifs de l’enfant, les deux  questionnaires de l’EMCA- VS doivent  être remplies par les parents et les enseignants. Celui du parent comprend un total de 301 items, 214 pour la partie des habiletés adaptatives, Celui de l’enseignant comporte 173 items, 86 pour la partie des habiletés adaptatives. Les questionnaires parent et enseignant ont 41 items communs et évaluent  9 des dix domaines proposés par I’AAMR soit : la communication, les soins personnels, les habiletés domestiques, la socialisation, le communautaire, l’autonomie, la santé et la sécurité, les habiletés scolaires et les loisirs. Le questionnaire de l’enseignant reflète les domaines de communication, socialisation, autonomie, habiletés scolaires et loisirs puisque nous estimons que les enseignants peuvent bien observer et coter ces répertoires de comportements d’enfants à l’école. Enfin les deux questionnaires contiennent 87 items pour l’évaluation des comportements inadéquats, qui servent soit à l’interprétation de la performance des comportements adaptatifs, soit ils permettent d’évaluer si une intégration en milieu scolaire est possible,  ces derniers peuvent influencer le classement de l’élève.

Les raisons du choix : En premier lieu, le comportement adaptatif est plus facile à évaluer que l’efficience intellectuelle chez les personnes présentant un retard mental et ce, notamment, en raison de la coopération active qui est demandée à la personne soumise aux « tests d’intelligence »

Deuxièmement, les écoles et les centres spécialisés sont principalement des lieux de vie où les comportements des personnes, qu’ils soient problématiques ou non, ont un impact sur l’harmonie du groupe. Les professionnels de l’éducation tentent ainsi de réduire les comportements inadéquats pour amener ces personnes à développer des habiletés liées à l’autonomie.

Troisièmement, l’évaluation du comportement adaptatif est rapide, peut être effectuée par toute personne (enseignant, parent, psychologue, etc.) côtoyant la personne depuis un certain temps (généralement plus de six mois) et par conséquent peut tout à fait être intégrée dans la pratique quotidienne des professionnels de l’éducation.

Enfin, la dernière raison est que la mesure du comportement adaptatif apporte des informations complémentaires aux tests d’intelligences, permet l’élaboration d’un projet pédagogique individualisé et  peut amener à poser un diagnostic.

Afin d’avoir une évaluation plus juste, deux questionnaires de l’EMCA- VS doivent être cotés par des parents et des enseignants: le cahier du parent  qui comprend un total de 301 items dont 214 pour la partie des habiletés adaptatives et le cahier de l’enseignant qui comporte 173 items dont 86 pour la partie des habiletés adaptatives.

Ces deux questionnaires « parent » et « enseignant » ont 41 items communs et évaluent 9 des dix domaines proposés par I’AAMR. Ces deux questionnaires contiennent 87 items pour l’évaluation des comportements inadéquats, qui servent soit à l’interprétation de la performance des comportements adaptatifs, ou à évaluer si une intégration en milieu scolaire est possible, ces derniers peuvent influencer le classement de l’élève.

Trouver un psychologue afin de passer des tests à un enfant, était une chose très difficile, voir impossible. D’où la réflexion avec  mes collègues du service d’orthopédagogie de l’Université de Mons, à une solution qui répond à la demande pressante des parents et des professionnels de l’éducation dans la région de Meknès et pourquoi pas dans tout le Maroc : d’où l’adaptation* de l’Échelle Québécoise de Comportement Adaptatif au contexte scolaire marocain dont le choix les objectifs ainsi la structure ont été expliqué avant.

Qui a participé à cette évolution ?

L’ensemble de l’équipe dirigeante du Centre, les parents d’enfants ayant un handicap  et l’équipe éducative (enseignants, éducateurs, psychologue, etc.) étaient  concernés  par la mise en place de ce projet pilote et innovant dans ce domaine.

Quelle évaluation faites-vous aujourd’hui de cette action ?

Le projet installé au Centre Ichraq consiste à : 1- accepter et inscrire un enfant rejeté et avec un handicap au sein du centre  2 –l’intégrer dans un environnement le plus normal possible  3- lui donner -selon ses possibilités-  un apprentissage scolaire et 4-lui  apprendre un métier afin qu’il puisse être autonome.

Dire aujourd’hui, que l’objectif est atteint à 100% serait une aventure. Par contre on peut dire  que ce projet à permis à l’ensemble des partenaires (Bureau de l’Association et équipe éducative) de voir la difficulté, l’intérêt, et la cohérence dans son ensemble.

Si nous restons modestes dans l’appréciation et l’évaluation de ce projet, les parents, les enfants et les enseignants voient déjà la différence entre avant et après l’installation du projet.  Car les enfants sont inscrits dans une école du quartier, ils ont transport scolaire, ils ont un cartable, ils ont un horaire, ils ont un programme scolaire et ils ont un bulletin scolaire.

Il est difficile de dire que cette démarche installé au Centre Icharq peut être diffusée. Même si  elle  a un caractère  scientifique, pédagogique et  simple à transposer. En effet au Maroc, chaque centre, école ou institution travaille d’une manière peu transparente. Donc c’est difficile de parler d’expériences existantes vu le peu d’information dont ont dispose. Par contre le Ministère de l’Education Nationale peut adopter ce projet afin de l’améliorer et pourquoi pas le généraliser à travers le royaume.

Je tiens à remercier la présidente de l’Association Ismailia Madame Bendahmane qui m’a fait confiance des le début et m’a confié  la responsabilité pédagogique ainsi que le feu vert pour installer tout ce que peu aider ses enfants à un épanouissement dans leur vie. Cette confiance nous a permis d’aller vite et parfois même plus vite  que dans les classes d’intégrations scolaires de l’école public.

L’une des  plus grandes difficultés pour le Centre Ichraq,  reste pour autant la mobilité du personnel (éducateur et administratif).  Ce que la direction installe aujourd’hui peut-être perdu demain remettant en cause la pérennité du projet.

Ce que je souhaite donc pour le centre Icharq,  c’est d’avoir une équipe stable, engagée à titre définitif et avec un salaire raisonnable. A ce moment on peut espérer pérenniser le projet qui reste simple dans sa conception : inscrire l’enfant, l’observer dans différentes situations, l’évaluer au niveau des apprentissages scolaires, passé les tests scolaires ainsi que  l’EMCA et enfin mettre en place le Programme Individuel d’apprentissage  avec l’équipe  pédagogique avec un psychologue avec un médecin avec les parents. Cela donne des résultats rapides.

Remerciements :

Nos remerciements vont à tous les collaborateurs qui depuis plus de dix ans travaillent avec nous à améliorer les conditions de développement et de vie des personnes handicapées et inadaptées au centre Icharq. Nous remercions plus particulièrement Madame Bendahmane   qui était et continue d’être l’unes des piliers de ce projet.

Nous remercions également tous les services de l’Education Nationale avec lesquels nous avons travaillé dans le cadre des formations de leurs intervenants. Nous avons, nous aussi, tiré profit de nos contacts avec eux.

Enfin, nous voudrions dire « merci » aux associations de parents et aux parents qui nous ont fait confiance, à des titres divers, durant toutes ces années, avec l’espoir que ce projet favorisera le développement de leur enfant, tout en augmentant la qualité de la vie familiale.

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* L’hyperlien est de l’auteur du blog

France – Des familles dont l’équilibre psychologique est en jeu

A lire sur le site de La Croix:

Après Amélie, d’autres familles prêtes à se battre pour leur proche handicapé

Les parents d’Amélie Loquet, gravement handicapée, ont annoncé mercredi 23 octobre qu’une place en maison d’accueil spécialisé avait été trouvée pour leur fille, conformément à la décision de justice prise il y a quinze jours.

24/10/13
Il manquerait, dans les structures d’accueil spécialisé, environ 5 000 places pour adultes handic...

Il manquerait, dans les structures d’accueil spécialisé, environ 5 000 places pour adultes handicapés. (JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP)

Après avoir annoncé un recours en justice contre cette décision, la ministre déléguée aux personnes handicapées Marie-Arlette Carlotti a finalement reculé, annonçant un dispositif de gestion des situations critiques. (Voir l’article du Monde)

L’Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis (Unapei) en a pour sa part recensé treize.

Des parents saisissent la justice pour leur fille handicapée

Depuis toujours, les parents de Geneviève, aujourd’hui âgés de 80 ans, s’en sont occupés sans rien demander. Mais ces dernières années, l’état de santé de leur fille, âgée de 56 ans et atteinte de trisomie, s’est rapidement dégradé.

 « Depuis quelques mois, elle a de graves problèmes de vue et d’équilibre, explique son beau-frère. Aujourd’hui, elle est alitée, incapable de se lever même pour se laver. Pour ses parents, s’occuper d’elle est tout simplement au-dessus de leurs forces. »

Après une hospitalisation puis un séjour en centre de convalescence, Geneviève doit rentrer ce jour chez ses parents, faute d’autres solutions. La famille avait bien trouvé une place en maison d’accueil spécialisé, où les courts séjours de Geneviève « à l’essai » s’étaient montrés concluants… Sauf que l’établissement, doté de 90 places, accueille déjà 91 personnes.

« Ce sont des familles dont l’équilibre psychologique est en jeu »

Cette famille fait partie des treize en situation critique, que l’Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis (Unapei) considère prioritaires.

L’association avait déjà soutenu les parents d’Amélie Loquet, jeune femme gravement handicapée, qui ont obtenu en justice que l’État soit contraint de lui trouver une place.  

 « Il s’agit de familles totalement désespérées, qui n’ont aucune solution, même bricolée, et dont la situation est telle qu’elle représente une menace pour la vie des personnes, explique Thierry Nouvel, directeur général de l’Unapei. Ce sont des familles dont l’équilibre psychologique est en jeu. L’urgence à trouver une solution est caractérisée. »

Il manque environ 5 000 places d’accueil pour adultes

Parmi les treize dossiers, outre celui de Geneviève, l’association cite celui d’une femme de 71 ans dont le fils de 45 ans, hémiplégique et malentendant, a reçu en 2010 une décision d’orientation vers une structure d’accueil médicalisée, mais qui ne trouve aucune place.

Il y a aussi celui d’un père qui élève seul ses cinq enfants, dont une fille souffrant de déficiences motrices et cérébrales. « Comme beaucoup de parents, des mères le plus souvent, il a dû quitter son travail et ne vit plus aujourd’hui que de l’allocation de 982 € par mois », précise Thierry Nouvel.

Il cite aussi en exemple le dossier de la mère d’un adolescent de 14 ans souffrant de handicap mental et qui se montre violent à son égard. Elle aussi a cessé de travailler et est en attente de solution depuis trois ans.

La situation est plus tendue encore pour les enfants

Car si, selon les chiffres de l’Unapei, il manque environ 5 000 places d’accueil pour adultes, la situation est plus tendue encore pour les enfants. « Le problème est que, faute de places dans les établissements pour adultes, les jeunes majeurs restent plus longtemps dans les structures pour enfants, ce qui crée une sorte d’embouteillage. »

Certaines familles évoquent aussi des problèmes de formation des personnels et de structures non adaptées. C’est le cas de Jeanne, mère d’une jeune fille de 22 ans, atteinte d’épilepsie et qui souffre, lors des crises, de troubles du comportement.

 « Elle a été exclue de son foyer d’accueil médicalisé dans des conditions très violentes et vit chez nous depuis un an, explique sa mère. On a envoyé des dizaines de mails, fait des dizaines de visites, mais sur sept dossiers, on a essuyé sept refus. À chaque fois, soit ils manquaient de places, soit l’établissement n’était pas spécialisé pour les troubles épileptiques ou pour ceux du comportement. On a même eu un refus sous prétexte qu’elle a 20 % d’audition en moins sur une oreille?! »

Belgique

Il y a un mois, avoue-t-elle, elle a « craqué » et écrit en Belgique pour essayer d’y trouver une place. « J’ai honte mais on n’a pas le choix, lâche-t-elle. On en est à un point avec mon mari où dès qu’on a une bonne raison de s’éloigner de la maison, on le fait. C’est trop épuisant. Il y a urgence pour nous, pour elle et pour nos deux autres ados. »

Son dossier fait, lui aussi, partie des treize de l’Unapei. « La plupart des parents n’ont pas envie d’aller en justice, ils sont épuisés, mais ils en sont à un point où, justement, ils n’ont plus d’autres solutions », insiste Thierry Nouvel.

Selon l’Unapei, la décision concernant Amélie représente d’ores et déjà un moyen de pression sur les agences régionales de santé dans les lieux où vivent les treize familles, avant, et seulement en cas d’échec, de saisir la justice.

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 Chronologie de l’« affaire » Amélie Loquet

 27 septembre: les parents d’Amélie engagent une procédure de référé-liberté (en urgence) contre le conseil général du Val-d’Oise et l’Agence régionale de santé. Selon eux, le retour d’Amélie au domicile sans accompagnement met sa santé « en danger direct et imminent ».

 7 octobre: le tribunal administratif ordonne à l’État de « prendre toutes dispositions » pour qu’une place en hébergement spécialisé soit trouvée pour Amélie. Pour la justice, « l’absence de prise en charge adaptée porte une atteinte grave et illégale » au droit des requérants « à la sécurité et à une vie privée et familiale ».

 24 octobre: une place a été trouvée pour Amélie à partir du 4 novembre, avec une « période d’essai » d’un mois. Le ministère délégué chargé des personnes handicapées renonce à contester devant le Conseil d’État la décision de justice et annonce un dispositif de gestion des situations critiques.

FLORE THOMASSET