Recherche – Améliorer l’autonomie

À lire sur le site du CNRIS, Revue du CNRIS, vol. 8, no. 3, juin 2017

Pour l’élaboration d’un guide de pratique visant l’amélioration de l’autonomie des jeunes ayant une déficience intellectuelle

autonomie  Par Michel Mercier    Professionnel-conseil en DI et TSA de l’INESSS

L’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) s’investit actuellement dans des travaux en vue d’élaborer un guide de pratique sur l’amélioration de l’autonomie des jeunes de 6 à 21 ans ayant une déficience intellectuelle. La question guidant nos travaux est la suivante : « Quelles sont les interventions psychosociales ou éducatives, dont l’efficacité a été démontrée pour améliorer l’autonomie des jeunes de 6 à 21 ans ayant une déficience intellectuelle? » La triangulation des données scientifiques, contextuelles et expérientielles nous permettra d’y répondre et de formuler des recommandations appuyées sur ces différents savoirs disponibles.

Des données contextuelles ont notamment été recueillies auprès de plus de 500 intervenants, permettant d’identifier les objectifs d’intervention les plus fréquents et importants pour les usagers.

Pour le volet expérientiel, plusieurs jeunes et parents sont rencontrés selon la méthodologie du groupe de discussion pour recueillir leurs besoins et leur rétroaction sur les interventions pertinentes à leurs yeux.

Au regard des données scientifiques, une revue exhaustive de la littérature nous a permis de répertorier des données probantes sur lesquelles s’appuiera le guide de pratique.

Nous voulons particulièrement attirer votre attention sur deux revues systématiques touchant des domaines essentiels d’intervention auprès de cette population. La première revue systématique porte sur l’utilisation des technologies en soutien au développement de l’autonomie (den Brok et Sterkenburg, 2015) et la seconde porte sur l’efficacité des interventions favorisant la participation sociale des jeunes (Andrews et coll., 2015).

L’utilisation des technologies en soutien au développement de l’autonomie

L’utilisation des technologies en soutien au développement des habiletés chez les personnes ayant une déficience intellectuelle est un domaine en effervescence depuis une dizaine d’années qui a fait l’objet d’un grand nombre de recherches.

Dans leur revue des écrits scientifiques, den Brok et Sterkenburg ont retenu 28 études primaires. Celles-ci portent sur deux types d’intervention en déficience intellectuelle1.

L’apprentissage d’une tâche à l’aide de rappels visuels sur support électronique

Ce type d’intervention consiste à enseigner une tâche permettant la réalisation d’une habitude de vie. À titre d’exemple, les différentes étapes de la réalisation d’une recette de cuisine sont décortiquées pour ensuite être enregistrées, soit sous la forme d’une description verbale, en images statiques, ou en séquences vidéo. Une période d’entraînement s’en suit en utilisant soit un ordinateur portable, une tablette électronique, un iPod touch™ ou un téléphone intelligent. L’appareil sert alors à diffuser les consignes, sous le contrôle du sujet, pouvant lui faire répéter la dernière consigne ou l’arrêter selon ses besoins. Quand la tâche est réalisée avec succès, débute alors la phase d’atténuation du recours aux consignes enregistrées.

Dans toutes les études, les résultats démontrent que la personne pourra réaliser la tâche seule ou avec seulement quelques rappels après un certain temps et un certain nombre de répétitions. Ce type d’intervention améliore l’autonomie des jeunes et réduit le temps d’apprentissage. Bien que ces résultats soient prometteurs, toutes les études ont mesuré la performance des jeunes à réaliser seul la tâche (sans la technologie) peu de temps après la phase d’intervention. Pour le moment, aucune étude ne peut confirmer le maintien de l’apprentissage au-delà d’une période de quatre mois après l’intervention.

L’utilisation de la réalité virtuelle

Le deuxième type d’intervention abordé par den Brok et Sterkenburg porte sur l’utilisation de la réalité virtuelle. Cette technologie permet de créer une simulation par ordinateur pendant laquelle la personne peut voir, entendre et interagir avec des personnages ou des objets. Dans la majorité des neuf études retenues par la revue systématique, cette technologie a été privilégiée puisqu’elle offre la possibilité de personnaliser la situation proposée et peut simuler fidèlement l’environnement réel.

Différents types de compétences sont enseignés par ce moyen, soit des comportements sécuritaires, des moyens pour entrer en relation, amorcer une conversation, reconnaître les émotions et expliquer des concepts abstraits. On souligne l’utilité de la réalité virtuelle pour offrir un cadre plus sécuritaire que la mise en situation réelle, notamment en exposant virtuellement la personne à des situations anxiogènes ou à risque de blessures.

Les résultats de ces études indiquent que la réalité virtuelle peut accroître les connaissances et les compétences, dont certaines sont susceptibles d’être transférées et utilisées en situation réelle. Toutefois, malgré ces résultats positifs, seuls quelques participants maîtrisent pleinement les nouvelles compétences acquises par ce moyen. La plupart d’entre eux ont toujours besoin d’un soutien supplémentaire pour accomplir les tâches, ce qui indique que la généralisation des compétences demeure un défi. De plus, il faut considérer que cette technologie s’avère plus complexe et coûteuse.

Dans leur conclusion, den Brok et Sterkenburg mentionnent que la performance des jeunes s’améliore pendant la phase d’intervention, qu’elle peut être maintenue, mais pourrait diminuer avec le temps. De plus, pour enseigner les activités de la vie courante et les compétences reliées au monde du travail, les participants aux études préfèrent la vidéo sur ordinateur ou sur les appareils portables à tout autre moyen. Dans les situations où l’interactivité pour apprendre est davantage recherchée (p. ex. afin d’acquérir une compétence sociale), la réalité virtuelle est le moyen privilégié.

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Une importante subvention pour la recherche sur l’autonomie résidentielle

À lire sur le site UQTR:

Trouver des solutions pour l’autonomie en milieu résidentiel

Reconnu depuis 10 ans pour ses travaux servant à améliorer l’autonomie des personnes vivant avec une déficience intellectuelle, le professeur Dany Lussier-Desrochers vient de recevoir une importante subvention de près de 120 000$ du Ministère des Services sociaux et communautaires de l’Ontario. Cette somme servira à trouver de nouvelles solutions numériques pour aider ces personnes à vivre en milieu résidentiel de façon autonome et sécuritaire.

subvention

Dany Lussier-Desrochers, professeur au Département de psychoéducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

D’ici septembre 2019, le professeur du Département de psychoéducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), souhaite développer une application qui permettra non seulement de sélectionner les meilleures technologies pour guider les personnes dans leurs tâches quotidiennes, mais également de mieux comprendre où sont les principales difficultés rencontrées par ceux-ci.

«L’environnement domiciliaire devient de plus en plus technologique. On n’a qu’à penser aux panneaux de contrôle des appareils électroménagers ou encore à la numérisation de la télévision. Ces nouvelles technologies, qui bien souvent demandent un certain niveau d’effort ou connaissance pour les utiliser, ne sont pas développées en tenant compte des défis que peuvent rencontrer les personnes vivant avec un handicap. Grâce à notre application, nous allons savoir où se situent exactement les difficultés des utilisateurs, afin de proposer des solutions qui les aideront rapidement», explique M. Lussier-Desrochers.

Quelques applications sont déjà disponibles sur le marché pour aider les personnes à bien accomplir les tâches domiciliaires, mais elles ne sont souvent pas développées spécialement pour les personnes présentant une déficience intellectuelle. La taille des icônes ou la présentation des informations ne répondent pas toujours à leurs besoins. De plus, ces applications doivent constamment être des mises à jour, ce qui fait en sorte que les personnes ayant un handicap doivent chaque fois réapprendre à les utiliser.

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