Aucun électeur ne peut totalement se libérer d’une forme d’influence de son entourage

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Handicap mental : une stigmatisation profonde

Aurélie Haroche   Publié le 21/07/2018

influence

Paris, le samedi 21 juillet 2018 – Le gouvernement actuel a beaucoup déçu ceux qui espéraient une politique qui saurait allier les impératifs économiques aux attentes sociales. Cependant, passant parfois inaperçues, certaines déclarations témoignent d’un souci d’une évolution de la société vers une meilleure reconnaissance de la place de chacun. Ainsi, cette semaine, le secrétaire d’Etat aux personnes handicapées, Sophie Cluzel, a une nouvelle fois rappelé son désir de revenir sur les dispositions qui empêchent une partie des personnes souffrant d’un handicap mental d’accéder au droit de vote. Aujourd’hui, une décision du juge des tutelles peut en effet retirer le droit de vote à une personne placée sous tutelle. On estime ainsi qu’entre un tiers et un quart des 385 000 personnes dans cette situation ne peuvent exercer leurs droits civiques. Cette situation est fortement dénoncée par de nombreuses associations et par différentes institutions tels le Défenseur des droits ou la Commission nationale consultative des droits de l’homme. Cependant, certains considèrent que cette législation permet de protéger les sujets concernés d’un risque de dévoiement de leur suffrage. L’Association nationale des juges d’instance (ANJI) se montre ainsi réticente à l’idée d’une ouverture sans contrôle du droit de vote et préférerait l’établissement d’une liste de critères objectifs. Si face à ces arguments, certains, dont Sophie Cluzel font remarquer qu’aucun électeur ne peut totalement se libérer d’une forme d’influence de son entourage, on constate en tout état de cause qu’il existe des arguments recevables pour nourrir le débat.

Infantilisation méprisante

Mais beaucoup le sont moins, tels ceux qui se sont exprimés sans nuance sur le site Atlantico. Le journaliste et essayiste Benoît Rayski a raillé avec virulence les propos de Sophie Cluzel. Il ne s’agissait pas ici de s’interroger sur le risque pour les personnes handicapées d’être entraînées sur la voie d’un vote qu’elles ne comprendraient ou n’approuveraient pas, mais de redouter un abêtissement de notre société et de notre démocratie et ce faisant d’exposer une représentation du handicap mental trahissant une méconnaissance totale des pathologies concernées et de la diversité que cache cette expression. Il se lance ainsi : « Pour elle, participer au suffrage universel ne doit pas être dépendant du « niveau économique, social et culturel » des citoyens. Donc, le vote pour tous ! (…) Reste que son projet n’est pas complètement abouti. Et nous nous empressons de dénoncer auprès d’elle, un scandale auquel il convient de mettre fin. Si les pensionnaires d’un hôpital psychiatrique deviennent éligibles à une citoyenneté à part entière, de quel droit oublierait-on ceux des établissements scolaires ? Un enfant de CM2 qui sait lire, écrire et compter a au moins autant –plus à mon avis- de discernement qu’un handicapé mental. Oui, les petits doivent aussi pouvoir voter ! » n’hésite-t-il pas à lancer. On pourrait objecter qu’on ne comprend pas pourquoi son (feint) désir d’inclusion des plus jeunes devrait nécessairement exclure les personnes souffrant d’un handicap mental. Au-delà, cette infantilisation des patients trahit une méconnaissance certaine et participe à une stigmatisation fréquente qui conduit l’ensemble de la société aujourd’hui à des attitudes d’exclusion et d’évitement.

Triste photo

Benoît Rayski poursuit sa diatribe qu’il doit considérer humoristique : « En 2022 donc, les handicapés mentaux et psychiques voteront. Quelques réactionnaires grincheux diront qu’ils sont incapables de déchiffrer et de comprendre une profession de foi. Cet argument n’est pas recevable. En effet, les handicapés se décideront en regardant les photos des candidats », se gargarise-t-il ! Ainsi, Benoît Rayski paraît considérer que la majorité des personnes souffrant d’un handicap mental ne savent pas lire, alors que seule une minorité est aujourd’hui dans ce cas ; notamment les patients des hôpitaux psychiatriques qu’il citait auparavant !

Rien ne doit empêcher les personnes qui le peuvent de voter

S’il n’était posté sur un site qui connaît une fréquentation relativement importante et s’il ne suggérait pas une confusion profonde vis-à-vis du handicap mental, ce billet d’humeur prétentieux (Benoît Rayski assure que le comique de Sophie Cluzel relève plus de « Bienvenue chez les Ch’tis de Dany Boon » comparé à « To be or not to be de Lubitsch ». « La grosse caisse et le clavecin » raille-t-il) n’aurait guère de conséquence. Mais sa lecture a profondément heurté de nombreuses personnes concernées directement et indirectement par la position de Sophie Cluzel. Dessinateur de presse, beau-père d’un enfant souffrant d’autisme et auteur de guides dédiés à ce trouble, Peter Patfawl a répondu de manière cinglante à Benoît Rayski sur son blog Les Baobas. Pour le journaliste, la proposition de Sophie Cluzel est « une belle avancée dans notre société (…) où les droits des personnes handicapées sont souvent bafoués, oubliés ou encore méprisés » et la preuve de ce mépris apparaît de manière éclatante sous la plume de Benoît Rayski. Peter Patfawl considérait impossible de ne pas épingler le texte publié sur Atlantico : « Comme je suis dessinateur de presse (et faisant parti des défenseurs de la liberté d’expression) et beau-père d’un enfant autiste, auteur d’un manuel illustré sur le sujet, engagé pour la cause, je ne pouvais que réagir à ces phrases ignobles gonflée par un intellectualisme grotesque et un mépris total de l’être humain » dénonce-t-il. Après d’autres invectives contre l’essayiste, il revient sur la problématique de fond : « pour répondre aux détracteurs de manière générale, le handicap mental regroupe beaucoup de maladies psychologiques. La tutelle est faite pour la gestion des biens, des finances. Les personnes autistes sont, hélas, encore parfois considérés comme maladie mentale alors qu’elles sont reconnu par la HAS et les professionnels comme une « différence neuro-développementale », mais elle est encore considérée comme telle. Nous avons les personnes atteintes de bipolarité, schizophrénie, démence, dépression et j’en passe. Alors en quoi, ces personnes déjà oubliées de la société ne pourraient pas participer à la vie citoyenne de notre société ? Qu’est ce qui empêcherait ces personnes de voter ? Rien. Ils sont citoyens comme tout le monde. Alors après évidemment, il peut y avoir des cas qui ne pourront peut-être pas physiquement voter puisque certains handicaps sont à la fois mentaux et physiques mais cela regarde le tuteur et les proches. Rien ne doit empêcher les autres personnes qui peuvent le faire d’aller voter ! », conclut-il.

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