Maroc – Madame Roukia Ouafki, une femme engagée

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“Khalti Roukia”, un cœur en or qui donne le sourire aux enfants en situation de handicap mental

mardi, 6 mars, 2018 – Par Ilias Khalafi –

 Roukia Ouafki

Rabat – Roukia Ouafki, ou “khalti Roukia”, comme son entourage aime l’appeler, se réveille tous les matins avec une détermination inébranlable pour se rendre dans les locaux de l’Association Errahma des mères des enfants en situation de handicap, dont elle est la présidente. Son but: améliorer les capacités des enfants en situation de handicap mental, renforcer leur indépendance et surtout dessiner un beau sourire sur leur visage sincère.

Malgré le lourd fardeau qu’elle porte, la sexagénaire accueille les visiteurs avec un sourire affable et une cordialité spontanée. Ayant très tôt pris conscience de la nécessité de fournir à Badr, son enfant atteint de trisomie, le cadre adéquat à son développement mental et psychologique, elle l’a inscrit dans un établissement scolaire à Casablanca abritant une classe intégrée dédiée aux enfants en situation de handicap mental. Mais compte tenu de sa domiciliation à Khouribga, elle n’a pu supporter le coût de la scolarisation et les fréquentes navettes entre les deux villes.

Sans perdre espoir, elle a continué à chercher les moyens de garantir à son enfant le cadre éducatif dont il a besoin. Entourée par des mères ayant des enfants nés avec des déficiences mentales, elle a eu l’idée de créer l’Association Errahma des mères des enfants handicapés, avec l’aide de l’Entraide nationale.

C’est ainsi qu’elle a pu obtenir un espace dédié à ces enfants au sein du Centre de formation professionnelle graduelle pour les personnes à besoins spécifiques situé dans l’enceinte du Complexe socio-éducatif de Khouribga.

Ce pas a certes été d’une grande importance, mais avec le nombre d’enfants qui a atteint 22, et les subventions qui se limitaient uniquement aux cotisations des membres et aux dons de certaines personnes de l’entourage, l’association ne pouvait pas tenir pour longtemps. Encore une fois, “Khalti Roukia” ne s’est pas laissée décourager et a persisté à chercher une solution aux difficultés qu’elle a rencontrées. Elle a eu ainsi en 2011 la brillante idée de créer une coopérative qu’elle a baptisée “Ayadi Errahma pour la production et la commercialisation des épices et cosmétiques”.

Sur les lieux, le calme régnant aux abords du Complexe socio-éducatif donne la fausse impression que rien ne se passe à l’intérieur. Mais une fois franchi le portail principal, et en s’approchant du bâtiment abritant le Centre de formation professionnelle graduelle, cette impression disparaît, laissant place d’abord à une senteur agréable d’épices, puis aux rires amusés d’enfants qui jouent à l’intérieur.

“Cette nouvelle structure est devenue non seulement un moyen pour assurer des ressources financières à l’association, mais aussi un espace de vie, de rencontre et de travail pour les mères des enfants handicapés”, confie Mme Ouafki. La salle aménagée pour la coopérative au sein du Centre permet en effet aux mères de rester tout près de leurs enfants pour être rassurées et voir de près les progressions qu’ils réalisent.

Un peu plus tard, et grâce à l’accompagnement assuré par le Centre Khouribga Skills (CKS) à partir de 2015, la coopérative a professionnalisé ses procédures et amélioré son efficacité en termes de productivité. Le Centre a prévu des formations au profit des membres de la coopérative dans les domaines de la gestion financière et comptable, l’aspect juridique, le montage de projet, le marketing et technique de commercialisation, les normes d’hygiène et de sécurité alimentaire, entre autres.

Cette aide a été décisive pour permettre à la coopérative d’obtenir le label de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), une certification requise pour participer aux salons et foires agricoles nationales et régionales.

Du côté de l’association Errahma, les ressources financières générées permettent désormais d’organiser une série d’activités visant à accompagner les enfants dans la découverte et l’amélioration de leurs potentialités. Une réunion mensuelle est prévue par les membres de l’association et les experts pour adapter le planning des activités de formation et d’apprentissage aux besoins de chaque enfant. Le comité qui assiste à cette réunion est constitué d’un orthophoniste, un psychologue, un psychomotricien, un coordinateur éducatif, ainsi que les membres de l’association.

Mme Ouafki, qui se réjouit du fait que ces efforts déployés commencent à porter leurs fruits, assure que “les enfants ont beaucoup progressé. Ils vivent en communauté, ils apprennent des choses nouvelles, ils sont de plus en plus indépendants.”

Cependant, déplore-t-elle, parmi les problèmes que rencontre encore l’association, l’absence de bénévoles dans ce domaine du handicap mental. En effet, la société continue à stigmatiser les handicapés mentaux, ce qui constitue l’une des entraves majeures à leur intégration. Elle exprime ce problème de manière très éloquente: “Mon enfant est une personne normale, les handicapés qui ont eu un accompagnement adéquat peuvent travailler et contribuer à la société. Aujourd’hui, c’est plutôt la société qui souffre de handicap.”

 

 

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