Les violences commises sur les personnes porteuses de handicap

À lire sur le site La Croix:

Les personnes handicapées, des proies vulnérables

Un jeune homme de 19 ans porteur d’un handicap mental lourd a été la proie pendant plusieurs jours de violences commises par un groupe de neuf personnes.

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Les violences commises sur les personnes porteuses de handicap sont difficiles à estimer. / Dorr et Frommherz/Stock.adobe.com

 

Neuf personnes soupçonnées de séquestration et de violences à l’encontre d’un homme de 19 ans, atteint d’un handicap mental lourd, ont été placées en garde à vue mardi 9 janvier. Entre fin novembre et fin décembre 2017, elles ont retenu le jeune homme à son domicile dans le centre-ville de Bolbec (Seine-Maritime) où il a subi de nombreux sévices. Une information judiciaire devait être ouverte jeudi 11 janvier.

Cette affaire pose une lumière crue sur une réalité difficile à estimer, celle des violences commises sur les personnes porteuses de handicap. Il n’existe en effet aucune statistique officielle en la matière. Certaines associations mettent donc en avant leurs propres chiffres, qui sont astronomiques. Ainsi, « Femmes pour le dire, femmes pour agir », menée par la militante Maudy Piot, récemment décédée, avance que quatre femmes handicapées sur cinq subiraient des violences.

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Ces chiffres ne surprennent pas la psycho praticienne Emmanuelle Piquet, spécialiste des questions de harcèlement. « D’une façon générale, un des ingrédients majeurs de la cruauté est la vulnérabilité, explique-t-elle. Quand on sait qu’on ne prend aucun risque en s’en prenant à une personne qui ne se défendra pas et ne parlera pas, alors il n’y a plus de limites », avance-t-elle.

Ainsi, Emmanuelle Piquet cite son travail mené auprès d’enfants atteints du syndrome d’Asperger, qui sont « très souvent victimes de harcèlement à l’école », estime-t-elle. Elle les aide à « renverser le rapport de force ». « Par exemple, j’ai le cas d’un enfant que les autres avaient pris en grippe. À chaque récré, ils l’encerclaient et faisaient autour de lui une ronde en moquant sa démarche saccadée. Je lui ai conseillé d’inventer avec ses parents une chorégraphie et de taper dans les mains en les accompagnant. Quand il l’a fait, ils ont cessé d’emblée. Car il avait inversé le rapport de force. »

« Les auteurs agissent toujours en groupe »

« Il est d’autre part intéressant de noter que les auteurs agissent toujours en groupe, reprend Emmanuelle Piquet. Pour eux, ce rituel barbare est un moyen d’asseoir une virilité et un pouvoir sur le groupe. » Seule une punition exemplaire serait, selon elle, de nature à les dissuader. « Il est en effet illusoire de croire qu’une interposition de l’un d’eux changerait les choses car c’est la dynamique de groupe seule qui les intéresse. Le meilleur levier de dissuasion est de marquer une désapprobation sociétale majeure », conclut-elle.

Pourtant, le chemin semble encore long. Les personnes en situation de handicap restent invisibles jusque dans le Code pénal où elles n’apparaissent pas, en tant que telles, puisqu’elles sont englobées dans la catégorie des « personnes vulnérables ».

Un rapport de la commission d’enquête du Sénat de 2003 rappelait ainsi que « si la mission de la justice de protéger les plus faibles est ancienne, c’est seulement depuis (…) 1994, que les personnes handicapées disposent d’une protection plus complète. Celle-ci ne leur est d’ailleurs pas propre puisque, désignées sous l’expression « personnes vulnérables », elles partagent cette protection avec un ensemble hétérogène de publics, des personnes âgées dépendantes aux femmes enceintes, en passant par les personnes en situation de détresse sociale », rappelaient les sénateurs. La vulnérabilité de la victime constitue une circonstance aggravante d’une infraction.

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Aujourd’hui, inclure la notion de handicap dans le Code pénal n’apparaît pas à l’ordre du jour. (…)

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