Jeux olympiques pour personnes en situation de handicap mental en Autriche

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Special Olympics, les Jeux de la valorisation

Les World Winter Games, Jeux olympiques pour personnes en situation de handicap mental, se déroulent actuellement en Autriche. Récit au cœur d’une compétition où il n’y a pas de perdant

Sylvain Bolt, Schladming   Publié mercredi 22 mars 2017

Autriche

C’est une cérémonie d’ouverture presque comme les autres, un samedi soir sous la pluie dans le mythique stade Planai de Schladming, au pied de la piste sur laquelle se déroule la célèbre «Nightrace». Il y a de la ferveur (15?000 spectateurs), un défilé d’athlètes (2700, issus de 107 pays), une délégation suisse (48 concurrents, 15 coachs) mais pas de drapeaux ni d’hymnes nationaux. Ici, ce sont les sportifs qui sont mis en avant. Ils sont handicapés mentaux et participent, jusqu’au 25 mars, aux onzièmes Winter Special Olympics World Games.

A l’instar des Jeux olympiques, les World Games – alternativement d’été et d’hiver – sont organisés tous les deux ans, mais lors des années impaires. Trop souvent confondu avec les Jeux paralympiques (lire ci-dessous), le mouvement Special Olympics revendique sa propre philosophie et possède son serment bien à lui: «J’essaierai de gagner. Mais si je n’y arrive pas, je participerai avec courage et détermination.»

«Les World Games sont un symbole et une motivation pour tous les sportifs de Special Olympics à travers le monde, et également un moyen de faire connaître le mouvement», explique Bruno Barth, directeur national de Special Olympics Switzerland. Tous les deux ans, hiver ou été, des Jeux nationaux sont organisés en Suisse. Y avoir participé au moins une fois est l’unique critère à remplir pour espérer un jour vivre l’événement à l’échelle mondiale.

Un gros travail d’accompagnement

Stephen Mann n’a pas décroché la moindre médaille lors de l’édition 2016 à Coire mais la coach Fanny Forestier a choisi d’offrir à ce Suisse d’origine britannique de 53 ans (l’un des participants les plus âgés de ces Jeux) l’occasion de vivre cet événement unique. «C’est une responsabilité importante, explique cette éducatrice vaudoise de 27 ans. A côté du sport, il y a tout le côté social à gérer. Le stress des compétitions, les déceptions mais aussi la cohésion avec d’autres personnalités pendant près de deux semaines.»

Le dimanche matin, Stephen Mann participe à l’épreuve du Super-G. Sur le télésiège le menant au départ, ce sportif polyvalent (il pratique aussi l’équitation, la natation et le tennis) déclare le visage fermé: «Je suis fier d’être ici».

La veille de chaque compétition, des épreuves de «Divisionning» sont organisées en deux manches. Elles permettent de répartir le plus équitablement possible les sportifs dans des catégories en fonction du temps réalisé et non du degré de leur handicap. Un bon système, tant chaque cas est unique. Pour le Super-G, douze groupes – de trois à huit concurrents maximum – ont été formés. Il faut attendre son tour. Stephen Mann et le Tessinois Raffaele Gaballo (25 ans) stressent dans l’aire de départ. «Stephen skie bien à l’entraînement mais il est comme tétanisé en course, confie Fanny Forestier. C’est difficile pour lui car il ne peut pas exterioriser ses émotions». – «Essaie de laisser glisser les skis. Hier, on avait l’impression que tu te baladais sur la piste», lui conseille-t-elle. – «Absolutely. Je vais faire de mon mieux», répond avec son charmant accent british celui qui skie depuis l’âge de 7 ans.

1h30 pour sortir du lit

Des skieurs du monde entier glissent sur la neige de printemps de Schladming. Le niveau est très variable. Certains boxent les piquets là où d’autres les contournent lentement. L’attente se prolonge. «Dossard 344, c’est-à-dire 4×86», murmure Stephen Mann. La médaille? «Ce serait super, mais pas obligatoire», lâche-t-il d’une voix presque robotique. Ici, la performance et les médailles sont un moyen et non une finalité. «Un événement comme celui-ci permet surtout aux sportifs d’utiliser des compétences différentes et de les développer. Cela décuple leur confiance en eux. Ils doivent complètement sortir de leur zone de confort», commente Fanny Forestier. Le but est de se dépasser. D’aller au bout de soi-même. Samedi matin, le coach Enea Pansera a mis 1h30 pour sortir Raffaele Gaballo de son lit. La peur, la fatigue… Il s’en est fallu de peu qu’il ne rate les épreuves, obligatoires, de «Divisionning».

L’intégration de ces sportifs en situation de handicap mental dans des équipes traditionnelles reste laborieuse. «Il va forcément y avoir une limite au niveau de la progression entre un sportif avec ou sans handicap mental. Au final, dans le sport, ce sont toujours les meilleurs qui jouent ou gagnent. Chez nous, c’est une «équipe spéciale» qui est incluse en tant que telle dans un club ou une association sportive», explique Bruno Barth. Le FC Thoune est le premier club professionnel à avoir proposé des «Special Training» aux enfants et adolescents en situation de handicap mental. En mai, Special Olympics Switzerland déposera son dossier pour devenir une organisation partenaire de Swiss Olympic et obtenir ainsi sa reconnaissance. Avec la volonté d’inclure les sportifs dans les clubs traditionnels suisses. «Un joueur de football handicapé mental doit faire partie de l’Association suisse de football», déclare sans détours Bruno Barth.

Tout le monde sur la scène

Dans le portillon de départ, Raffaele Gaballo attend le signal pour s’élancer. Il contourne toutes les portes et lève les bras au ciel, bien avant d’avoir franchi la ligne d’arrivée. Stephen Mann effectue son Super-G à son rythme, un peu sur l’arrière. Une fois sa coach retrouvée, il lui exprime sobrement sa satisfaction: «J’ai l’impression d’avoir été plus rapide qu’hier.» – «Stephen! Tu as une médaille d’argent, comme Raffaele!», s’exclame Fanny Forestier. – «Tu me poses une question ou c’est vrai?», lui répond, un peu confus, le skieur. Aux World Winter Games, le sport est un vecteur de valorisation. Confirmation le dimanche après-midi, sur la place centrale de Schladming, où se déroule la cérémonie de remise des médailles et des diplômes. Tous ont l’honneur de monter sur la scène. D’habitude peu expressif, Stephen Mann esquisse un sourire en saluant la bruyante délégation suisse qui scande son nom. Raffaele Gaballo est rayonnant de bonheur et regarde sa médaille d’argent avec fierté. «Nous skions ensemble depuis trois ans. Vivre cela ensemble est juste exceptionnel», déclare, les yeux humides, son coach Enea Pansera.


Deux mouvements distincts

Fondé en 1958 par Eunice Kennedy, sœur cadette du Président John F. Kennedy, le mouvement Special Olympics réunit aujourd’hui 4,7 millions de sportifs dans 169 pays. Aider les personnes en situation de handicap mental à se développer par le sport et leur donner l’occasion d’améliorer leur estime de soi et leur confiance en eux est sa mission. La fondation Special Olympics Switzerland a elle vu le jour en 1995. Chaque année, 54 compétitions dans 17 disciplines sont organisées en Suisse, regroupant 2700 sportifs.

Special Olympics et Paralympiques sont deux organisations reconnues par le Comité International Olympique (CIO). La première s’adresse à des sportifs en situation de handicap mental alors que la seconde regroupe des personnes en situation de handicap physique. (…)

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