Utiliser les technologies pour favoriser la prise de décisions et accroître l’autonomie

À lire sur le site L’Hebdo Journal:

Un appartement intelligent au sous-sol de l’UQTR

Audrey Leblanc    Publié le 25 janvier 2017
technologies

Dany Lussier-Desrochers
Photos par Photo TC Media – Audrey Leblanc

TECHNOLOGIE. On retrouve dans le sous-sol de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) un appartement tout à fait unique. Au premier coup d’œil, tout semble normal. Mais en portant attention, on découvre un environnement où la technologie est utilisée pour développer l’autonomie des personnes ayant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme.

Dans ce laboratoire, les technologies toutes simples et peu coûteuses sont utilisées de manière créative. Presque tous les appareils électriques peuvent être allumés ou éteints à distance à l’aide d’un téléphone intelligent ou d’une tablette. Des cadres photo numériques servent à rappeler les différentes étapes d’une recette ou encore les étapes pour faire son lit. La pomme de douche lumineuse passe du vert au rouge lorsque l’eau est trop chaude.

Sur un appareil relié au téléphone, des images illustrant l’hôpital, la police ou les pompiers sont apposées sur des touches qui permettent de composer rapidement un numéro en cas d’urgence. De petits détecteurs de mouvements indiquent le chemin vers la salle de bain la nuit et peuvent aussi guider une personne vers la sortie en cas d’incendie.

«Ce qui nous distingue, c’est qu’on travaille avec cet appartement-là dans une visée sociale et pas seulement dans une visée de développement technologique. La personne est au cœur de nos préoccupations», mentionne le chercheur Dany Lussier-Desrochers qui œuvre sur ce projet depuis 10 ans.

Ce dernier s’intéresse à la façon de travailler avec les technologies pour favoriser la prise de décisions et accroître l’autonomie des personnes ayant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme.

«Même si la technologie nous permettrait d’avoir un appartement capable de faire les tâches à la place de la personne, ce n’est pas ce qu’on veut, précise M. Lussier-Desrochers. On veut plutôt développer l’autonomie de la personne, la soutenir dans la réalisation de ses tâches. On veut que la personne prenne elle-même les décisions dans son milieu résidentiel. On veut maintenir ses acquis.»

Ce qui différencie cet appartement des autres du même genre, c’est l’accessibilité des produits technologiques utilisés.

«On utilise du matériel disponible sur le marché comme un téléphone et un cadre numérique. On veut que les personnes soient capables, le plus possible du moins, de se payer les technologies. On va dans les magasins, on achète ce qui est disponible et on voit comment on peut utiliser ça de manière à aider les gens», explique le professeur.

Toutefois, M. Lussier-Desrochers est conscient qu’il n’est pas toujours évident d’apprendre à se servir de tous ces gadgets. «Ce n’est pas simple pour les personnes ayant une déficience intellectuelle d’utiliser les technologies parce qu’elles sont conçues pour la population générale, dit-il. Ce n’est pas développé pour les personnes ayant de la difficulté au niveau cognitif. Déjà, pour ces personnes, ça demande une grande part d’appropriation pour bien comprendre comment fonctionne le système avant même d’utiliser une application.»

C’est pourquoi le chercheur tente de sensibiliser les gens du milieu informatique et la population à cette réalité. Comme la majorité des personnes ayant une déficience intellectuelle vivent sous le seuil de la pauvreté, M. Lussier-Desrochers  veut également sensibiliser les acteurs politiques à l’importance d’aider financièrement ces personnes pour qu’elles puissent se payer un téléphone, une tablette, etc.

Pour se faire, le professeur a développé, avec l’aide d’une équipe, une charte sur l’inclusion numérique comportant 10 recommandations. De cette charte, sortie en juin 2016, découle un plan d’action sur 5 ans. Ce plan va quant à lui être appliqué dès cet été.

Une maison à Montréal

L’appartement intelligent développé à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) mènera à l’ouverture d’une maison adaptée, à Montréal.

Le projet est réalisé en collaboration avec la Fondation Les Petits Rois, qui soutient les jeunes ayant une déficience intellectuelle. La première pelletée de terre devrait avoir lieu au courant de l’année.

«Dès le départ, on va aider le développement et la construction du projet, indique Dany Lussier-Desrochers, professeur à l’UQTR. On veut créer un modèle résidentiel qu’on va pouvoir exporter par après. Il va y avoir huit résidents.»

«C’est aussi une perspective de recherche unique, ajoute-t-il. On va mettre en place un laboratoire vivant. Dès le départ, on va pouvoir identifier les besoins des personnes, imaginer les solutions et les mettre tout de suite en place pour voir comment les gens réagissent et réajuster au besoin. C’est une maison évolutive. On va pouvoir voir comment la personne évolue dans le temps.»

M. Lussier-Desrochers a remarqué que les personnes qui utilisent les technologies avec des supports imagés pour réaliser des tâches apprennent rapidement. Certaines personnes vont même délaisser la technologie avec le temps parce qu’elles sont devenues autonomes. Devant de telles situations, le soutien est graduellement diminué.

Vers la robotique

Récemment, l’équipe du chercheur a fait l’acquisition d’un robot capable de donner des indications et d’accompagner la personne dans la réalisation de ses tâches. Par exemple, le robot peut montrer comment mélanger les ingrédients d’une recette. Le robot fait la démonstration de la tâche et la personne est ensuite capable de l’imiter. «La perspective de la robotique s’en vient. On commence à voir comment on peut travailler avec ça», indique Dany Lussier-Desrochers.

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