Ce n’est pas l’appel, ce n’est pas la vocation. C’est sa vie, c’est comme ça et c’est tant mieux.

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L’arche de Marie-Paule 

Publié le 07 décembre 2016 par Isabelle Légaré

vocation

Marie-Paule Ladouceur partage à temps plein le quotidien de personnes présentant une déficience intellectuelle. L’Arche Mauricie réunit trois foyers et un atelier de travail où les résidents peuvent s’impliquer et se dépasser.
François Gervais, Le Nouvelliste

Marie-Paule Ladouceur n’est pas prête à affirmer qu’elle a reçu un appel, pas plus qu’elle est là par vocation.

«C’est ma vie. C’est comme ça…»

La dame de 60 ans hausse légèrement les épaules, non pas par indifférence, mais par timidité. À ses yeux, son parcours n’est pas si remarquable. Elle a tout faux.

Mme Ladouceur partage son quotidien avec Gisèle, Diane, Katy, Annie, Josée et Linda, six femmes au sourire bon enfant qui ont en commun une déficience intellectuelle.

Marie-Paule Ladouceur habite à l’Arche Mauricie dont la mission s’inspire de l’oeuvre de Jean Vanier. Comme lui, elle a décidé de tout quitter à l’âge de 35 ans pour former une famille unique, mais aussi semblable à celle d’un peu tout le monde avec son petit train-train et ses grands défis.

La Trifluvienne vit au foyer de la rue Saint-Paul à titre d’«assistante», le nom donné à ceux et celles qui résident sous le même toit que les personnes dites «accueillies» comme Gisèle, Diane et les autres.

Mais oublions les dénominations. Ici, Marie-Paule, «Popo», est une grande sœur à temps plein. Depuis vingt-cinq ans.

*****

Les communautés de l’Arche sont dispersées un peu partout dans le monde. Plusieurs assistants y séjournent pour un an, motivés par une quête de sens, d’entraide et d’amitié avant de poursuivre leur vie là où ils l’avaient laissée.

Certains restent plus longtemps, vont et viennent entre le foyer et un appartement qui leur est destiné, question de reprendre leur souffle. Comme pour n’importe quelle famille, les journées à l’Arche peuvent être aussi heureuses qu’exigeantes.

Rares sont les personnes qui décident d’y faire carrière, mais plus encore, de cohabiter sept jours sur sept et 24 heures sur 24, ou presque, avec ceux et celles qu’elles assistent.

Marie-Paule Ladouceur est cette exception. Dès son arrivée à l’Arche, elle a su que son monde était ici.

Originaire de Montréal, la diplômée en psychoéducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières réside à l’Arche de la rue Saint-Paul. La maison de pierres grises était, jadis, le presbytère de l’ancienne église Sainte-Cécile.

C’est Gisèle qui m’ouvre la porte dans la bonne humeur avant de retourner au salon et se concentrer à nouveau sur sa tablette électronique. La scène contraste avec le décor quelque peu figé dans le temps, mais combien chaleureux.

On vit simplement ici, parmi les meubles qui étaient déjà sur place ou que des bonnes gens ont bien voulu donner.

Marie-Paule Ladouceur n’en demande pas plus. Logée et nourrie, elle se contente d’une allocation qui ne peut pas rembourser toutes ses heures d’accompagnement auprès des unes et des autres.

«On ne vient pas à l’Arche pour faire fortune», souligne celle qui possède la richesse du coeur. Sa vie est son travail. Son travail est sa vie.

Mme Ladouceur m’invite à monter à l’étage, dans son bureau qu’elle a récemment aménagé comme un salon. Une porte donne accès à sa chambre, anciennement celle du curé.

Son rôle est multitâches. Comme dans toutes les familles, il y a des listes de tâches et des rendez-vous à cocher. Ici aussi, on se prépare chaque matin pour se rendre dans l’un ou l’autre des ateliers de travail, on cuisine ensemble les repas qui sont partagés autour de la même table, on fait la vaisselle en se racontant nos journées. Le soir, on aime écouter la télé, jouer à des jeux de société, parler pour parler. Et on prend soin l’un de l’autre.

La plupart des personnes accueillies sont autonomes, mais certaines ont besoin de soutien à l’heure du bain, d’être accompagnées chez le médecin, d’être tenues par la main, d’être écoutées et comprises.

Les journées de Mme Ladouceur débutent à 6 h 30 et se terminent rarement avant 21 h. Et lorsqu’elle se retrouve dans son petit salon, c’est pour laisser la porte ouverte, au cas où.

Du temps pour elle? Si peu, mais ce n’est pas l’assistante qui va s’en plaindre.

«J’aime me sentir utile», affirme celle qui ne se lasse pas de recevoir tout cet amour inconditionnel que lui vouent Gisèle, Diane et cie, des femmes qui la bombardent de «Popo, tu es belle» dès l’heure du petit déjeuner.

«Elles m’apprennent la patience, la gratitude, à rire pour un rien…», énumère Mme Ladouceur en rappelant que les personnes ayant une déficience intellectuelle se révèlent des êtres uniques animés par une grande fierté de se sentir utiles à leur tour.

Auprès de ses «soeurs», l’assistante vit au jour le jour, sans penser à la retraite et à quitter cette communauté.

(…)

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