Suisse – Un hôtel mariant l’intégration et l’économie

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Un projet d’intégration trois-étoiles

29 février 2016

Texte  Alain Portner   Image(s) Mathieu Rod
Un tel projet permet aux personnes handicapées pd'avoir leur place dans l'économie.

Un tel projet permet aux personnes handicapées pd’avoir leur place dans l’économie.

A Martigny (VS), un nouvel hôtel a ouvert ses portes l’automne passé, un établissement particulier parce qu’il emploie majoritairement des personnes souffrant de déficience intellectuelle. Cette belle aventure humaine est une première en Suisse romande.

Un élégant cube de béton posé à quelques hectomètres de la gare. C’est le mARTigny boutique-hôtel, un trois-étoiles supérieur inauguré en grande pompe le 1er octobre dernier en Valais. Ce lieu a ceci de singulier qu’il emploie, outre du personnel hôtelier qualifié, quelque trente jeunes adultes en situation de handicap mental qu’encadrent une poignée de maîtres socioprofessionnels (msp).

Dans la salle à manger, à l’heure du petit-déjeuner, l’ambiance est feutrée comme dans n’importe quel autre établissement de ce type. Les gens se servent au buffet, le personnel est attentif et discret. Emilien débarrasse les tables avec des gestes précis, mesurés, sans se presser. Il lève parfois la tête pour regarder alentour ou adresser un cordial bonjour. Alexia Pinedo, la msp chapeautant le secteur service, le laisse œuvrer à son rythme, sans le bousculer.

Cette dernière se dit fière des progrès accomplis par ses protégés.

Ils sont toujours de bonne humeur, super motivés et pleins de bonne volonté, ils ont vraiment soif d’apprendre.»

D’ailleurs, elle est en train de former Adeline au bar. Un job où cette jeune femme à l’air un brin effarouchée est confrontée directement aux clients, ce qui n’a pas l’air de trop la perturber.

Pendant ce temps-là, aux étages, s’affaire l’équipe de nettoyage. Aujourd’hui, comme l’hôtel affiche complet, l’intendance est quelque peu débordée. «On est au taquet, rigole la gouvernante Christel Voutaz-­Filliez. On ne sait pas si on va arriver à faire les 52 chambres.» Trêve de plaisanterie, elle inspecte la 506 avec le regard aiguisé de la professionnelle:

Bon travail, les filles, c’est nickel!»

Des jeunes insérés dans l’économie

Yveline et Liliana époussettent, astiquent et récurent sans relâche. «Elles ont du plaisir à travailler, elles se donnent à fond, elles sont très pros malgré leur handicap», relève Iris Bruchez, leur cheffe et chaperon qui ne tarit pas d’éloges à leur propos. Ainsi qu’à l’égard de ce projet pionnier: «Il est innovant parce que ces jeunes gens sont directement insérés dans l’économie.»

L’initiative en revient à la Fondation valaisanne en faveur des personnes handicapées mentales (Fovahm), qui exploite l’établissement qui a coûté 15 millions de francs. «Notre mission, c’est de répondre aux demandes du patron de l’hôtel et de fournir des prestations à la hauteur d’un trois-étoiles, précise Micheline Perruchoud de la Fovahm. C’est de l’intégration concrète dans la vraie vie et c’est donc très valorisant pour nos travailleurs.»

Midi approche. Les cuistots s’activent. Manquent leurs fidèles employés en situation de handicap. «Elodie s’est tordu le genou en dansant lors de la soirée du personnel. Et Muniz s’est coupé le doigt en cuisine. Sans doute a-t-il voulu trop bien faire, trop vite. On aurait dû tempérer un peu son ardeur, raconte le maître socioprofessionnel Richard Barendregt. Mais tous les deux veulent revenir le plus vite possible, tellement ils ont une monstre envie de bosser!»

Emilien assure un service attentionné et personnalisé. Les clients arrivent. Agitation dans la salle. En binôme avec un serveur, Emilien assure un service attentionné et personnalisé. Son sourire est contagieux, sa présence apaise. Il semble totalement imperméable au stress. «Moi, je ne suis pas pressé, j’y vais tranquillement», dit-il en déposant précautionneusement une assiette devant nous avant de repartir vers la cuisine d’un pas nonchalant. Et dire que ce supplément d’âme est compris dans l’addition…

«Chez nous, la cordialité est instinctive, pas du tout artificielle»

Bertrand Gross

Bertrand Gross, directeur du mARTigny boutique-hôtel

En quoi votre projet d’intégration est-il exemplaire?

Déjà, à ma connaissance, c’est le premier hôtel en Suisse romande qui intègre autant de personnes en situation de handicap mental. Ensuite, c’est un établissement qui ne touche pas de subventions et qui doit à terme être rentable financièrement. C’est donc un vrai mariage entre l’économique et le social. En cela, c’est précurseur et exemplaire!

(…)

Yveline Mabillard, 28 ans

«J’ai toujours voulu travailler dans un hôtel, mais je n’en avais pas la possibilité. Une porte s’est ouverte ici et j’en ai profité. Je suis employée de maison, je fais partie de l’intendance, ça veut dire que je fais les chambres. Au début, c’était un peu stressant, j’étais fatiguée. Maintenant, on essaie d’y aller plus tranquillement et ça va beaucoup mieux.»

Liliana Da Silva, 21 ans

«Avec mes collègues, on fait les lits, on nettoie les sanitaires, on passe la panosse, on enlève la poussière… L’ambiance est bonne et j’aime bien travailler. Je préfère être à l’intendance plutôt qu’au service ou en cuisine, ça me plaît mieux. Faire les chambres, c’est vraiment ça qui m’intéresse. Je me sens bien ici, je suis contente, je vais rester.»

Adeline Schorderet, 20 ans

«J’avais déjà travaillé dans un restaurant avant. J’aime le contact avec les clients, ils sont gentils. Et je m’entends bien avec les collègues, on est une bonne équipe. J’ai commencé à travailler au bar avec Alexia (sa maîtresse socioprofessionnelle, ndlr), je prends les commandes, je sers… Bon, à la fin de la journée, je suis un peu fatiguée quand même.»

Emilien Marclay, 24 ans

«C’est moi qui ai décidé de venir travailler à l’hôtel. Je suis au service, j’apporte les assiettes, je débarrasse, je passe l’aspirateur… Je suis le chef des boissons aussi, j’apprends à servir le vin, j’ai même mon propre tire-bouchon avec mon prénom écrit dessus. J’adore ce métier, ce n’est pas trop compliqué! Et puis, j’aime discuter avec les clients.»

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