Et puis j’ai rencontré Julie

À lire sur le site SaNoSi Productions:

La Visite au Musée d’Art Moderne

MAM2-940x400

Écriture & Réalisation

Laetitia CartonLaetitia Carton

Issue des Beaux-Arts de Clermont-Ferrand, Laetitia Carton a exposé son travail dans des lieux d’art contemporain dès sa sortie de […]

Fiche technique

  • Année: 2015
  • Genre: Documentaire
  • Format: 22′
  • Ecriture: Laetitia Carton

Synopsis

C’est l’histoire d’une rencontre.
Celle de Julie avec l’art moderne.
Celle de Julie et moi.

« J’ai toujours aimé côtoyer les personnes qui ont un mode d’être au monde différent du mien. Peut-être parce que, juste après ma naissance, pendant quelques heures, mes parents et le corps médical se sont demandés si je n’étais pas trisomique, avec mes yeux bridés et mes doigts palmés. Une expérience du regard de l’autre, de quelques heures, quelques jours, qui a peut-être laissé des traces… La différence ne me fait pas peur.

Je n’ai jamais été mal à l’aise face à l’étrangeté, aussi parce que j’ai grandi à ses côtés. Je suis née dans une famille « Huntington ». Une maladie neuro-dégénérative qui frappe fort, et tôt. Qu’on appelait Danse de Saint Guy au Moyen-âge. On brûlait les malades sur la place publique, les considérant comme possédés par le diable. Aujourd’hui, je connais bien les regards méfiants, mal à l’aise, apitoyés, interrogatifs, ou insistants, des personnes qui nous croisent quand je me promène aux côtés de ma mère.

(…)

Quand Jean-Marie Gigon m’a proposé de participer à La Visite, j’ai accepté sur le champ. L’idée de donner à voir et entendre la parole d’une personne née avec une trisomie 21 m’a enchanté.

Et puis j’ai rencontré Julie. Un sourire immense dans un petit bout de femme.

De la joie pure. Elle tape dans ses mains d’exaltation quand elle est heureuse. Elle est très coquette, porte toujours beaucoup de bijoux.

Le regard que l’on pose sur elle lui importe. Elle est gourmande. Très douce et câline. M’a fait visiter le foyer Perce-Neige où elle passe ses journées, en me tenant par la main. S’est abandonnée dans mes bras dans le bus qui la ramenait chez elle. Une espèce de confiance absolue. Elle pose toujours beaucoup de questions. « On fait quoi Laetitia ? », « On va où Laetitia ? » Et beaucoup d’interpellations : « Tu veux quoi Laetitia ? » Elle donne peu de réponses aux miennes. Des « oui » heureux, des « non » timides et puis viennent de vraies réponses, franches et belles.

Je n’imaginais pas forcément être à l’écran dans ce film, mais elle m’y a attiré irrésistiblement puisqu’elle a un grand besoin de contact physique, de toucher. Une soif de câlins. Inextinguible.

L’art pour l’art n’a pas l’air de trop l’intéresser. Sa relation avec moi oui. Des découvertes, des explorations qu’on peut faire à deux. Le tournage a pris parfois des allures de jeu. Nous avons fait cette expérience du temps ensemble, côte à côte. De la discussion. Du silence. Juste son corps dans cet espace.

J’ai aimé ses silences. Son corps dans ces grands espaces nus, rythmés par les œuvres J’ai aimé son regard. Son enthousiasme devant le Grand Verre de Duchamp. Sa manière d’être au monde. Cette chanson qu’elle connaît par cœur entonnée devant un Niki de Saint Phalle. Sa danse si émouvante et son cri d’amour à sa mère devant les Matisse. Sa sidération devant la démesurée Fée électricité de Raoul Dufy.

Ses endormissements intempestifs, qui suivait des trop-pleins d’émotions. Ses cris de joie non contenus. Ses déclarations d’amour, ses besoins insatiables de caresses. L’intensité de ses rapports avec moi et toute l’équipe.

Comme une leçon. Comme on nous apprendrait à aimer sans condition. »

Laetitia Carton

9èmes Journées Internationales du Film sur l’Art, 2016

Lire l’article complet.

La Visite - Mars 2015 : Musée d'Art Moderne avec Laetitia Carton et Julie.

La Visite – Mars 2015 : Musée d’Art Moderne avec Laetitia Carton et Julie.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *