Le petit chef Adrien Charlier croque la vie à pleines dents

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Les Bons Plans d’Adrien Charlier

Un chromosome et tellement plus

Par Gaël FORMENTIN • • 23/01/2015

 Adrien Charlier

Des éclats de rire à gorge déployée, un humour corrosif et une sensibilité à fleur de peau. A 19 ans, CAP en poche et premier job, Adrien communique ses émotions sans préjugé, bien conscient de ceux que sa différence peut encore susciter. Parcours d’un combattant attachant, désarmant de sincérité.

Adrien est à l’étage avec sa maman Florence, occupés à faire un peu de ménage. Le doigt à peine posé sur la sonnerie, il se précipite déjà dans les escaliers. La porte s’ouvre sur un immense sourire et une poignée de main chaleureuse : « On commence quand ? ». Pour être franc, nous nous sommes déjà croisés avec Adrien. Quelques brèves secondes, le temps d’un mot, un bonjour, un au revoir poli, un regard. Jamais pour discuter, suffisamment pour que le courant soit passé. Question de feeling. En confiance, Adrien abandonne alors toute méfiance. « Mauvais où bon, il le dit. Tout est direct, tout est brut et spontané », explique sa maman, « c’est un hypersensible, une vraie éponge : quand nous n’allons pas bien, lui non plus ». Et là où certains rechignent à se livrer par peur ou pudeur, Adrien n’hésite pas une seconde et se jette sans filet. D’ailleurs, il s’impatiente. Pas le temps pour sa maman d’achever ses explications sur l’association Trisomie 21 Moselle qu’elle préside, le jeune homme la coupe : « Maman, c’est mon interview?». C’est vrai. Puis dans un geste théâtral, il regarde sa montre avant de revenir à l’assaut sur un ton exagérément candide et malicieux : « On commence quand ? ». Touché, coulé.

Leçon d’obstination

Adrien épate son entourage. Mémoire d’éléphant, humour décapant et vivacité d’esprit… Certains articles sur internet décrivent avec force et détails « la lenteur des personnes trisomiques » : « des saloperies », déplore le jeune homme hyperactif. « La trisomie n’est pas méconnue, mais mal comprise », explique sa maman, « un trisomique doit toujours faire ses preuves ». Alors depuis tout petit, Adrien déjoue les on-dits. Après une maternelle traditionnelle, il entre en classe primaire dite d’intégration. En troisième année, « je me suis aperçu que mes camarades faisaient de l’anglais, pas moi », se souvient Adrien, « je suis allé demander pourquoi ». Il fera de l’anglais. Au collège en Unité Pédagogique d’Intégration à Philippe de Vigneulles, il obtient son CFG, l’équivalent d’un brevet des collèges. Ses professeurs l’orientent d’abord vers la maçonnerie. Pas facile « avec mes petits bras ». Son truc, c’est la cuisine. Il a déjà obtenu deux prix de littérature pour des histoires culinaires. La plus croquante racontait les aventures d’un œuf récalcitrant qui refusait de se laisser cuire. « J’aime faire à manger, préparer des plats mais pas les manger ! » Peu gourmand mais fin gourmet, Adrien trouve immédiatement une parade : « Je ne goûte pas, je sens ! ». De nouveau, il s’obstine et multiplie les stages dans le domaine de la restauration. Et arrache finalement son orientation en CAP Agent Polyvalent de Restauration. Ce retour en milieu scolaire ordinaire s’accompagne de moqueries. « Pour la première fois, j’ai vraiment ressenti de la méchanceté ». En classe, une partie de ses camarades en difficultés ne comprend pas qu’Adrien bénéficie de l’aide d’une AVS et jalouse son classemment : premier. « En même temps, j’étais le seul à travailler ! ». Adrien obtient son diplôme en deux ans, « comme tout le monde », sa plus grande fierté.

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