Maroc – Des ateliers de bijoux, couture, jardinage, menuiserie, cuisine…

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Handicap mental : la société civile monte au créneau

par Hicham Houdaifa   2015-01-23

Le Centre Hadaf s’occupe depuis 2005 de la formation professionnelle des personnes en situation de handicap au-delà de l’âge de 17 ans. Quelque 80 jeunes en situation de handicap mental y apprennent des métiers de couture, de jardinage, de menuiserie… Les associations concernées ont organisé un sit-in devant le Parlement en solidarité avec les personnes en situation de handicap mental.

ateliers

Hay Ennahda 2, Rabat, le 30 décembre 2014. Nous sommes devant un bâtiment pas comme les autres, le Centre Hadaf qui dépend de l’Association des parents et amis des personnes en situation de handicap mental. A l’intérieur, des dizaines d’adolescents et d’adultes bénéficient d’un suivi ainsi que d’une formation socioprofessionnelle.

Des ateliers d’éveil et de création

L’établissement est plaisant, ouvert. Un espace vert trône au centre du bâtiment. Ici, 80 jeunes en situation de handicap mental léger ou moyen suivent chaque jour des formations scolaire et professionnelle via les différents ateliers, mais également meuvent dans un espace d’épanouissement et de socialisation. Dans les allées du centre, de jeunes personnes s’activent, ici et là. Que ce soit dans l’atelier bijoux, couture, jardinage, menuiserie, cuisine…, les jeunes se donnent à fond dans l’activité qu’ils exercent. Soutenus par l’armada d’éducatrices et d’éducateurs qui encadrent les différents ateliers, ils parviennent à créer de très belles choses : de jolis colliers, de magnifiques cartes postales, des plateaux en bois dignes du travail des artisans ainsi que d’exquis repas pour le personnel de Hadaf. Le tout dans une bonne ambiance empreinte de camaraderie. «Les jeunes sont là pour apprendre un savoir-faire. Nous leur proposons plusieurs ateliers. Ce qui leur permet de développer leurs capacités productives et créatives. Un travail qui leur permet également de générer des revenus de la vente des produits réalisés au sein des ateliers», explique Latefa Fatihi, directrice du centre. Dans chaque atelier, des éducateurs veillent au grain. Dans l’atelier couture, un des plus importants du centre, on voit des jeunes apprendre à manier une machine à coudre, à faire du repassage sous l’œil bienveillant de Souad Sbihi, l’éducatrice de cet atelier, ainsi que Mme Fatema, qui s’occupe, elle, de l’atelier peinture sur tissu situé dans la même classe. «Tout est simplifié dans l’atelier afin d’accompagner ces jeunes. Ce qui ne les empêche pas de créer de jolis draps, des têtes d’oreillers, des tapis et des couettes», ajoute Mme Fatihi. Dans l’atelier travaux manuels, d’autres jeunes concoctent de magnifiques cartes de vœux alors que dans l’atelier cuisine on s’attelle chaque mardi et vendredi à sortir des fours plus de 100 repas pour les jeunes, mais aussi pour les 24 personnes qui s’occupent de l’encadrement. Le centre organise des expositions des œuvres réalisées par ses jeunes, produits dans le cadre des ateliers, et destinées à la vente. L’établissement dispose également d’une salle de conférence d’une capacité d’accueil de 100 personnes et de Dar-Diaf, un espace d’hébergement d’une capacité de 17 lits, destinés tous les deux à la location pour différentes institutions. «Quand la salle de conférence est louée par un organisme, ce sont les jeunes de l’association qui assurent la préparation des lieux ainsi que le service de restauration et les pauses-café», assure, fière, Mme Fatihi.

A la tête de l’association Hadaf, Amina Msefer est une femme qui a fait de la défense des droits des personnes souffrant de handicap mental sa raison de vivre. Mme Msefer, elle-même mère d’un enfant souffrant d’un handicap mental, s’est très vite engagée dans le combat pour les droits des personnes souffrant de handicap. «J’étais membre pendant de nombreuses années de l’association des parents des enfants du centre Amal dont j’étais la présidente jusqu’en 1997. Cette association s’occupait des personnes souffrant de handicap mental jusqu’à l’âge de 21 ans. Après, il n’y avait plus rien du tout pour ces jeunes-là», se rappelle Mme Msefer. Hadaf était donc une réponse logique à l’absence d’une structure de prise en charge des personnes de plus de 21 ans. Des parents qui n’étaient pas habitués à gérer leurs enfants au quotidien se retrouvaient, du jour au lendemain, complètement déboussolés face à des enfants devenus adultes, mais encore dépendants. «Nous avons vu des garçons sortir dans la rue, être victimes de tous les abus puisqu’ils ont perdu leurs repères. Les filles, elles, restent à la maison, notamment pour les tâches ménagères», ajoute la présidente du Centre Hadaf.
Une personne souffrant d’un handicap mental s’attache à la personne qui prend soin d’elle, qui est à son écoute et qui l’accompagne. «Dans un centre, il y a une vie sociale, des camaraderies qui se nouent, des relations qui se tissent entre les encadrants et les jeunes souffrant de handicap. Puis, tout s’arrête brusquement quand on arrive à l’âge de 21 ans. Une injustice à laquelle il fallait remédier», explique Mme Msefer. C’est clair : le handicap mental ne s’envole pas. C’est un état permanent, que l’on ne soigne pas par des médicaments, mais qui peut évoluer dans le bon sens. «L’accompagnement adéquat peut multiplier par quatre les performances d’une personne souffrant d’un handicap mental», assure Mme Msefer. La preuve, c’est Yasmine Berraoui, la jeune Marocaine de 19 ans, atteinte de trisomie 21 et qui a obtenu l’année dernière son bac avec mention assez bien. Son père Jamal, journaliste bien connu, racontait alors que «dès sa naissance, des médecins nous annonçaient le pire. Nous avons dû apprendre, par nous-mêmes, qu’il y a autant de handicaps que de handicapés et que le combat commence très tôt. Les parents ne sont pas pris en charge. Très rares sont ceux qui savent qu’il faut recourir aux spécialistes pour aider les enfants à acquérir rapidement la motricité, la parole… C’est en plus très coûteux, ce qui exclut les couples démunis».

Priorité aux indigents

L’Association Hadaf voit le jour en 1997 avec comme objectif la prise en charge et l’insertion sociale et socioprofessionnelle des jeunes. «Nous avons choisi 17 ans comme âge minimum de prise en charge pour Hadaf. Un choix dont l’explication est simple : la prise en charge scolaire dans les écoles intégrées de l’enseignement public se termine quand l’élève devient adolescent, c’est-à-dire vers 16 ans, 16 ans et demi», explique la présidente du Centre Hadaf. Le centre accepte également les jeunes qui ont suivi les classes intégrées, ceux qui sortent des instituts médicopédagogiques comme le Centre Amal, les jeunes en situation d’échec répété dans les écoles privées ainsi que ceux qui n’ont jamais été dans aucune structure. «Au départ, nous n’avions pas de local. On a commencé avec un bureau de 12 m2 dans une commune et on ne fonctionnait qu’avec des bénévoles. On parvenait tout de même à faire de l’accueil, de l’écoute des familles et de l’aide», se souvient encore Mme Msefer. Les choses vont évoluer très vite. Dans la commune, les bénévoles utilisent l’espace de la bibliothèque deux fois pas semaine où ils organisent les premiers ateliers scolaires et professionnels : fabrication d’enfilage et de colliers ethniques, travail sur la pierre, puis, passage par un appartement dans une résidence et les premiers recrutements du personnel ainsi que le déploiement d’autres ateliers pour les jeunes handicapés.
En décembre 2005, le rêve devient enfin réalité. Hadaf, la structure telle qu’elle existe aujourd’hui, voit le jour : un lieu de vie, de réflexion, de formation et de mise en travail. Un centre, fruit d’un travail collectif et des fonds provenant autant du public que du privé. «Depuis le départ, la priorité a été donnée aux indigents, ceux qui en ont le plus besoin. Il y a un droit d’entrée à payer, mais qui ne dépasse jamais les 1600 DH par mois pour les plus nantis», dévoile la présidente. Le service apporté inclut la formation, l’accompagnement, l’orientation vers les médecins, les activités sportives, le transport, l’accompagnement psychologique… Quantifié, ce service coûterait 3 000 à 3 500 DH par mois.
Et c’est là qu’intervient l’aide apportée par l’Etat. D’habitude, le ministère de la solidarité apporte une contribution sous forme de bourses d’aide à la scolarité aux personnes en situation d’indigence et une subvention à la scolarisation et à la formation. «Le grand problème, c’est tout d’abord le retard enregistré dans la réception des bourses et dans la signature des conventions de partenariat. Par exemple, la convention de 2014 n’a été signée qu’en novembre dernier. Par ailleurs, le nombre de bourses a été revu à la baisse, passant de 38 l’année dernière à 25 cette année. Le reste, nous sommes dans l’obligation d’aller le chercher ailleurs. Et c’est loin d’être gagné d’avance. Il faut savoir que sur les 80 jeunes du centre, 54 sont en situation d’indigence», explique Mme Msefer. Une bourse salvatrice pour des familles, pauvres à la base et que le handicap mental de leur enfant appauvrit encore plus. Et une situation qui concerne une population fournie : selon le recensement de 2004, plus de 347 000 personnes vivent au Maroc avec un handicap mental. «J’ai dû arrêter de travailler pour m’occuper de mon enfant. Le salaire de mon mari ne suffit même pas pour les médicaments et le suivi médical», explique cette mère d’un enfant souffrant de trisomie 21. La présidente de l’association Hadaf demande plus de visibilité de la part du ministère de tutelle. «C’est bien de contrôler, de multiplier les audits et punir les associations contrevenantes, affirme-t-elle. Mais, tout ce que l’on demande, en tant que société civile, c’est que l’on ne punisse pas les personnes souffrant d’un handicap mental et leurs familles, qui sont pour la plupart dans une situation d’indigence. De cet appui du ministère dépendent une prise en charge de qualité et les salaires du personnel des associations».
Une société civile composée majoritairement de parents d’enfants souffrant de handicap mental, et qui, en l’absence de structures adéquates, ont dû créer des associations afin de pallier ce manque. «Nous nous sommes retrouvés à la fois bailleurs de fonds, gestionnaires, bâtisseurs et éducateurs. Nous avons tout appris sur le tas. L’Etat ne doit pas oublier que le handicap est la responsabilité de tout le monde et non seulement des quelques associations qui travaillent dans le secteur».  (…)

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