Algérie – Classe de français pour élèves trisomiques à Skikda

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«Mongoliens vous-mêmes !»

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Skikda

Le centre compte aussi 20 autres enfants sur la liste d’attente

Pour assurer une prise en charge psychopédagogique pour une cinquantaine d’enfants, l’association du syndrome de Down a du louer un appartement pour  25 000 DA.

Mardi est le jour où les enfants atteints du syndrome de Down «Trisomiques» de la ville de Skikda  apprennent la langue de Molière. Au centre de prise en charge psychopédagogique (CPPO) sis aux Allées du 20 août 1955, les enfants, tout sourire et toute ouïe, sont comme  «scotchés»  au cours du jour dispensé par une jeune et toute charmante éducatrice. Mais détrompez-vous ! Le «centre de prise en charge psychopédagogique» n’est pas cette enceinte normalisée et équipée que vous imaginiez.

Ce n’est qu’un appartement F4 loué par «l’association du syndrome de Down de Skikda», plus connue sous la dénomination «Syndrome 21». «La location de cet espace coûte 25 000 DA à l’association, mais on n’a pas le choix. L’intérêt qu’on se doit de porter à ces enfants vaut tous les sacrifices»,  rétorque M. Touri, membre de l’association Trisomie 21 et père de l’un des enfants. Là encore,  ne confondez pas le 21 à l’identification minéralogique de Skikda.

C’est plutôt une identification scientifique qui lie ce mal à la présence d’un chromosome 21 surnuméraire. Boostés par notre présence, un des enfants se lève et épelle les lettres de l’alphabet de la langue française. Puis, il les retranscrit, toutes, sur son ardoise. Les autres enfants s’y mettent à leur tour et on assiste, médusés, à une ritournelle enfantine.

Ces gosses ont l’âge de vos enfants. Ils partagent les mêmes jeux, les mêmes rêves et les mêmes penchants. Ils ne s’en différencient que par cet aspect morphologique propre à leur pathologie. Ils ne l’ont pas voulu ce mal, d’ailleurs, qui voudrait naître «mongoliens» comme on continue, péjorativement, à le dire  dans une société cruellement sans cœur ?

20 enfants sur la liste d’attente

«Ces enfants, une cinquantaine, ne suivent ici au centre que les cours de langue française. Les autres jours de la semaine, ils suivent un cursus normal dans trois classes  spéciales à  l’école des Frères Yahia au quartier El Kobbia où ils sont encadrés par deux psychologues et trois aide-éducatrices. On a insisté pour qu’ils soient admis dans une école normale parmi les autres élèves avec lesquels ils partagent la cour de récréation et la cantine.

Ceci devrait leur permettre de s’identifier à la société dans laquelle ils vivent. On ne voulait pas les laisser à part. Ça aurait été un échec de notre programme d’insertion», explique M. Touri en révélant que 20 autres enfants trisomiques sont toujours inscrits sur la liste d’attente. «Nos moyens ne nous permettent pas encore de répondre convenablement à toutes les demandes émanant de la seule ville de Skikda»,  précise-t-il.

Selon les explications fournies par Sarah Daoud, l’énergétique gestionnaire administrative du CPPO, le centre ne se limite pas à cette activité didactique. «Nous assurons aussi une veille pour la guidance parentale. Vous savez, il y a des parents de trisomiques qui des fois, se retrouvent plus en détresse que leur progéniture. Ils viennent au centre où ils trouvent l’écoute et l’assistance psychologique nécessaires», notera-t-elle. Nos hôtes insistent pour nous faire, faire le tour du propriétaire. «Cette pièce est réservée aux séances d’orthophonie. Chaque enfant bénéficie d’une séance par semaine et nous obtenons de très bons résultats», rappelle M. Touri.

Dahleb et Amal Wahbi, les tuteurs chéris

L’association ne limite pas ses activités envers les seuls enfants en âge de scolarité. «Nous accueillons aussi les bébés dès l’âge de 6 mois pour garantir la réussite du suivi plus tard. Ils bénéficient de séances d’orthophonie jusqu’à l’âge de 3 ans, ensuite ils entrent dans le cycle préparatoire», rajoute Mlle Daoud. Mais ces efforts cachent mal le manque de moyens qui ne permet pas aux membres de Trisomie 21 de mener à bien leur programme. «C’est vrai qu’on a trouvé beaucoup de compréhension et d’aide de la part des responsables, mais cela reste insuffisant. Nous ambitionnons de réaliser une académie pour ces gosses.

C’est une sorte de centre spécialisé avec les normes adéquates. Le projet est fin prêt et nous souhaitons juste trouver une aide conséquente pour le matérialiser. Des personnes connues, comme Mustapha Dahleb et Amal Wahbi ont été sensibles à notre approche et ont accepté d’être «parrain» et «marraine»  de notre association.

On prévoit d’organiser un match gala le 21 mars prochain, dont les recettes seront exclusivement réservées au projet de l’Académie». Pendant que les responsables du CPPO poursuivent leurs déclarations, de la salle de cours émanent les rires des enfants. Ils poursuivent leur cours de français et l’ambiance qui y règne n’a rien à envier aux atmosphères enfantines des salles de cours des enfants dits «normaux». Les enfants ne se différencient pas, seul notre regard malvoyant risque des fois de les diviser.

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Khider Ouahab

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