Étude – Parentalité des personnes présentant une déficience intellectuelle

parentalité

A lire sur le site de la Revue du CNRIS, vol. 6, no. 1:

Étude exploratoire des représentations sociales de la parentalité des personnes présentant une déficience ou une lenteur intellectuelle

Par Élise Milot, Université Laval

Ce texte porte sur la recherche réalisée par Élise Milot dans le cadre de sa thèse de doctorat en service social à l’Université Laval, supervisée par M. Daniel Turcotte et Mme Sylvie Tétreault. L’auteure tient à remercier tous les intervenants et les parents ayant participé à ce projet ainsi que les organisations suivantes pour leur soutien financier et leur collaboration : le Consortium national de recherche sur l’intégration sociale (CNRIS), le Fonds de recherche du Québec-société et culture (FQRSC) et le Centre jeunesse de Québec – Institut universitaire (CJQ-IU). Depuis juin 2014, Élise Milot est professeure à l’École de service social de l’Université Laval.

Aujourd’hui, devenir parent s’avère le choix convoité par un nombre grandissant d’adultes ayant une déficience ou une lenteur intellectuelle (DI/LI)1. Dans plusieurs pays, dont le Canada, il s’agit d’une décision faisant l’objet d’un droit légalement reconnu. Indéniablement, être parent représente une dimension de la vie à la fois gratifiante et source de défis. Pour les parents ayant une DI/LI, les défis s’en trouvent accrus en raison des stresseurs personnels, familiaux et environnementaux auxquels ils doivent faire face. À titre d’exemple, plusieurs d’entre eux vivent dans des conditions qui se caractérisent par la pauvreté, l’isolement social et un niveau de stress élevé. De plus, certains ignorent la présence des ressources de soutien disponibles, alors que d’autres vivent dans la peur d’être jugés défavorablement par les membres de leur entourage ou de perdre la garde de leurs enfants (Traustadóttir, & Sigurjónsdóttir, 2010).

Or, en dépit de défis importants, plusieurs parents ayant une DI/LI sont en mesure d’acquérir les compétences nécessaires pour assumer adéquatement leurs responsabilités parentales. En effet, ils peuvent apprendre à développer des interactions positives avec leur enfant, à améliorer leurs habiletés de résolution de problèmes, à développer des savoir-faire utiles à la réalisation des activités de leur vie quotidienne, à assurer la sécurité de leur enfant et à choisir les approches appropriées à une meilleure gestion des comportements (Wade, Llewellyn & Matthews, 2008). Généralement, ces objectifs peuvent être atteints lorsqu’ils reçoivent du soutien et qu’ils bénéficient d’interventions éducatives et psychosociales adaptées à leurs besoins, à condition que celles-ci s’actualisent dans un climat d’ouverture et de coopération. Or, la collaboration parents-intervenants se bute à différents obstacles tels que l’absence ou l’insuffisance des services de soutien et la présence d’attitudes négatives à l’égard de ces personnes et, plus particulièrement, à l’égard de la possibilité qu’elles deviennent des parents. Afin de mieux comprendre cette situation, une étude doctorale en service social s’est intéressée à la manière dont des intervenants (CRDITED, CSSS, centres jeunesse, organismes communautaires) et des parents ayant une déficience ou une lenteur intellectuelle se représentent cette parentalité bien singulière en contexte québécois. À cet égard, l’examen de leurs représentations sociales offre une avenue pertinente et originale pour développer une meilleure compréhension de leur réalité respective.

Cadre d’analyse

Une représentation sociale réfère à un ensemble organisé d’opinions, d’attitudes, de croyances et d’informations relatives à un objet qui est déterminé à la fois par l’individu lui-même, par le système social dans lequel il se situe et par la nature des liens qu’il entretient avec ce système social (Abric, 2009). Cette interprétation de la réalité permet de donner un sens à ses conduites et de comprendre la réalité à travers son propre cadre de référence (Rateau, 2007).

Selon Moscovici (1961), le système représentationnel se précise autour de trois dimensions. Celles-ci sont : (1) l’attitude générale, qui correspond aux dispositions, plus ou moins favorables, des individus à l’égard de l’objet de représentation; (2) la somme des connaissances sur le sujet et (3) le champ, qui se définit comme la structure qui emmagasine, organise et hiérarchise les différents éléments constituant la représentation. Or, puisque le champ de représentation est un aspect plus abstrait et qui se retrouve, en quelque sorte, intégré aux deux autres dimensions, il n’a pas été approfondi dans le cadre de cette étude. Celle-ci s’est intéressée uniquement aux éléments constitutifs des représentations sociales qui permettent de rendre compte de l’attitude générale et des connaissances des participants à l’égard de l’objet de représentation. De plus, puisqu’il importe de considérer le contexte dans lequel s’inscrit la représentation, une attention particulière a été portée sur cet aspect, tel qu’en témoignent les objectifs formels de la démarche.

Objectifs

Cette étude vise l’exploration des représentations sociales de la parentalité des personnes ayant une DI/LI chez des parents présentant cette condition et des intervenants sociaux d’établissements publics et d’organismes communautaires en contexte québécois. Les objectifs sont : (1) dégager les composantes sociocognitives (opinions, attitudes, croyances) et cognitives (informations) au coeur du système représentationnel; (2) ressortir les convergences et les divergences inter et intragroupes et (3) identifier les facteurs personnels et contextuels liés aux représentations sociales.

Méthode de recherche

Afin d’explorer en profondeur diverses facettes du même phénomène, différents critères ont été établis afin de recruter des représentants des deux groupes (parents et intervenants) détenant des expériences diversifiées.

L’entretien semi-structuré a été choisi comme outil principal de collecte de données auprès des participants puisqu’il favorise une expression libre et naturelle des répondants à l’égard de connaissances et de significations partagées socialement (Jodelet, 2003). Par ailleurs, différents aspects propres aux caractéristiques des participants et à leurs milieux de vie ou de travail ont été recueillis grâce à des fiches sociodémographiques. Puis, les propos de tous les participants ont été retranscrits avant de faire l’objet d’analyses qui avaient pour but d’identifier les éléments directement liés aux objectifs de la recherche. En ce qui a trait aux données sociodémographiques, celles-ci ont été consignées dans un document Excel, ce qui a permis le calcul de moyennes et d’analyses de fréquence.

L’échantillon

Neuf parents et vingt-sept intervenants ont participé à cette étude.

Des neuf parents interrogés, six présentent un diagnostic de déficience légère et les trois autres reconnaissent avoir des limitations cognitives illustrées par les difficultés ayant marqué leur parcours de vie. Celles-ci réfèrent aux apprentissages scolaires (p. ex. : fréquentation de classes spéciales) et à leur intégration sociale (p. ex. : mise à pied fréquentes et difficulté à conserver un emploi). Les six mères et les trois pères de l’échantillon sont âgés de 22 à 59 ans. Ils vivent majoritairement en milieu rural (n=7). Ils sont sans emploi à temps plein et bénéficient de prestations gouvernementales (solidarité sociale). Cinq de ces neuf parents ont la garde de leurs enfants. Ces derniers bénéficient de mesures de soutien offertes principalement par des proches et par un seul intervenant d’un CRDITED ou d’un organisme communautaire. Les quatre autres parents de l’échantillon se sont vu retirer la garde de leur enfant en vertu de la Loi sur la protection de la jeunesse. Lorsque rencontrés, ces derniers vivaient leur parentalité à travers des contacts supervisés selon les modalités du placement de l’enfant convenues.

Parmi les vingt-sept intervenants de l’échantillon, âgés de 24 à 65 ans, se retrouvent principalement des femmes (n=25). Les emplois les plus fortement représentés relèvent de l’éducation spécialisée (n=14) et du travail social (n=10), ce qui est illustré par le tableau 1. La plus grande proportion des intervenants rencontrés (n=11) ont pour mandat d’offrir des services en déficience intellectuelle, que ce soit au niveau de la première ligne (programme clientèle du CSSS) ou de la deuxième ligne (CRDITED).

Milot 1

Tableau 1 : Quelques caractéristiques des intervenants de l’échantillon

Principaux résultats

Cette synthèse des principaux résultats se subdivise en deux sections. Il sera d’abord question d’une description de l’attitude générale et des connaissances relatives aux représentations sociales des intervenants et des parents. Les principaux facteurs relatifs au contexte seront ensuite décrits.

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