Tahiti – Fermeture d’un centre pour enfants trisomiques

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Le centre spécialisé Heimanava met la clé sous la porte

Publié le vendredi 22 août 2014 à 01H00

Les enfants trisomiques redirigés à l’Institut d’insertion médico-éducatif

Créé en 2001, le centre éducatif Heimanava, qui accueille les enfants trisomiques de 3 à 12 ans, est obligé de fermer à la fin du mois pour cause d’économie budgétaire.

Pour le directeur d’établissement Stéphane Marandin et la présidente de l’association Mereana Alexandre, cette fermeture est un coup dur.

Désormais, les enfants et leur famille seront redirigés à l’Institut d’insertion médico-éducatif.

Le centre Heimanava situé quartier Taunoa fermera ses portes le 31 août.

Stéphane Marandin, directeur du centre éducatif Heimanava, créé en 2001, a annoncé, hier matin, la fermeture de l’établissement à la fin du mois. “Le centre ferme ses portes suite à une décision ministérielle du 28 mars 2014. Les raisons invoquées sont liées à un manque d’effectif. Nous sommes l’un des seuls centres à avoir priorisé la scolarité en milieu ordinaire et nous sommes ainsi un peu victimes de notre succès et du bon travail réalisé en partenariat avec les écoles et la Direction de l’enseignement primaire et secondaire.”

Après 14 années d’existence, c’est une épreuve difficile pour cet homme qui n’a cessé, depuis la création de l’association, d’intégrer socialement les enfants atteints de trisomie 21. Le Fare Heimanava était le seul centre au fenua à accueillir les enfants, de 3 à 12 ans, atteints de ce handicap.

De plus, il était l’unique établissement à travailler en collaboration avec les écoles pour que celles-ci puissent accueillir en demi-journée ou à plein-temps ces enfants spéciaux. Une initiative que les parents et familles de ces enfants plébiscitaient. “Nous ne placerons pas notre fille à l’Institut d’insertion médico-éducatif (IIME). Tant pis, elle restera avec nous à la maison.” Un discours que connaissent bien les éducateurs et qu’ils déplorent. “Le souci, c’est qu’en les plaçant à l’IIME, ces enfants seront très bien pris en charge mais ils seront mis de côté. Finis l’insertion sociale et le milieu scolaire public, ces enfants ont un handicap, mais ce n’est pas une raison pour les exclure.”

Le Tota tour continue… pour les grands

L’association avait pour objectif d’étudier, d’élaborer et de mettre en place des projets visant non seulement à l’intégration sociale des enfants trisomiques, mais aussi à leur autonomie. Elle avait également pour but de défendre les intérêts matériels et moraux des personnes prises en charge.

L’association s’était fait connaître du grand public en 2009 avec la mise en place du Tota tour. Une journée annuelle consacrée à sensibiliser la population au handicap de la trisomie 21 et à récolter des fonds en parcourant Tahiti en bus animé.

Stéphane Marandin a assuré que cette manifestation continuerait d’exister car, si le centre Heimanava ferme ses portes, le centre Papa Nui, qu’il dirige également, perdure. Papa Nui est un centre éducatif spécialisé qui accueille les adolescents et jeunes adultes atteints de trisomie 21. Le centre est chargé de les accompagner dans leur insertion sociale et professionnelle.

Si les adolescents et jeunes adultes ont donc toujours une structure vers laquelle ils peuvent se diriger pour apprendre à vivre avec les autres, désormais, les enfants en bas âge pourront être pris en charge à l’IIME, à Pirae.

“Nous allons devoir licencier”
Mereana Alexandre présidente de l’association Fare Heimanava

Vous fermez pour cause de manque d’enfants, n’aviez-vous pas anticipé ce manque d’effectif ?

Bien sûr que si, dès le mois de janvier. Nous avions un projet de création d’une unité de jour pour les adultes pour pouvoir ensuite créer un centre pour eux. Depuis la décision ministérielle de mars dernier, au cours de laquelle les raisons invoquées pour la fermeture étaient le manque d’effectif et les restrictions budgétaires à réaliser sur le budget du RST (Régime de solidarité territoriale), nous avons rencontré par deux fois la ministre. Nous pensions avoir été suffisamment réactifs en proposant la restructuration des deux centres sur avis spécialisé, des nouvelles intégrations et des efforts budgétaires par de l’autofinancement. J’ai été informée le mercredi 13 août que notre projet n’était pas recevable.

De quel budget disposiez-vous ?

Nous disposions d’une subvention de 32 millions de Fcfp par an pour environ 32 enfants.

Aujourd’hui, que va-t-il advenir des enfants du centre ?

Concrètement, les enfants qui sont à plein-temps vont être orientés vers les IIME. Certaines familles refusent de les y emmener, donc ils vont rester à la maison. Les enfants qui sont scolarisés à temps partiel et qui bénéficient d’un projet personnalisé de scolarisation vont également rester à la maison. Je suis en contact avec des enfants trisomiques en bas âge et, malheureusement, je ne peux pas les accueillir. Les enfants trisomiques des îles qui se déplaçaient chez nous dans le cadre des évasan ne vont plus pouvoir venir.

Et qu’en est-il du personnel éducatif ?

Nous allons devoir licencier et, bien entendu, nous ne pourrons pas renouveler les CDD.

Vous semblez désabusée ?

Ce sont 14 années d’engagement et de combat qui disparaissent. C’est un peu dommage. Il y a environ 120 personnes trisomiques en Polynésie. On en connaît une soixantaine environ. Nous avons passé régulièrement des conventions avec des stagiaires, avec des organismes de formations et, aujourd’hui, on supprime un bel outil au service de la politique sociale et de la solidarité. Les portes se sont fermées et je trouve cela bien dommage. À aucun moment nous n’avons été égoïstes institutionnellement. Nous avons toujours privilégié la scolarisation en milieu ordinaire. C’est tout une tradition, une terre d’accueil qui disparaît. Ça a été fait sans la manière, aussi bien sur le fond que sur la forme.

Considérez-vous que les IIME ne sont pas adaptés aux enfants trisomiques ?

Ils font bien leur travail. Ils sont bien équipés, avec des professionnels. La différence entre eux et nous, c’est que nous accueillons 32 enfants. C’est donc une véritable proximité, une vie associative, une petite communauté éducative qui s’est créée. Nous ne proposons pas de ramassage scolaire, parce que nous avons envie d’être en contact avec les familles et qu’on n’a pas envie de “déparentaliser”. C’est un centre de proximité familiale qui a fait ses preuves depuis 14 ans et qui n’est pas budgétivore.

J’ai reçu les familles, et le médecin les recevra également. Il y a des parents qui ne veulent pas, et je respecte leur choix, que leurs enfants aillent ailleurs qu’au centre Heimanava.

Envisagez-vous la création d’un centre pour adulte trisomique ?

Oui. Nous allons nous battre pour sa création. Nous voudrions mettre en place un atelier protégé qui permettrait de les intégrer au monde du travail. Aujourd’hui, combien de personnes handicapées sont intégrées dans le milieu professionnel ? Où en est-on de l’obligation d’emploi des travailleurs handicapés ? Où en est-on des pénalités qui doivent être payées par les entreprises pour leur manquement ? Où va cet argent ? Est-ce qu’il y a un projet pour le handicap en Polynésie ?

“Le ministère n’est pas fermé à un nouveau projet”
Manolita Ly ministre de la Solidarité, de l’Emploi et de la Famille

“La fermeture du centre Heimanava a été décidée par la direction de l’établissement. Nous avons rencontré l’équipe il y a quelques mois pour lui demander de revoir le cahier des charges. Depuis de nombreuses années, l’association reçoit une subvention pour son fonctionnement. Or, nous nous sommes aperçus que la fréquentation du centre diminuait sans que le budget alloué ne change. Nous avons donc demandé à la direction du centre Heimanava de réajuster son budget en fonction de la réalité. Nous lui avons suggéré de revoir la masse salariale et le budget de fonctionnement, car il y avait un décalage entre le nombre d’enfants accueillis il y a quelques années et maintenant. Ils ont finalement décidé de fermer, mais le ministère n’est pas fermé à un nouveau projet qui prendrait en compte la réalité du terrain.”

Jennifer Rofesjenrofes@ladepeche.pf

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Merci @larcheintle d’avoir attiré mon attention sur ce sujet.

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