9 ans de prison pour un déficient intellectuel

Lu sur le site de Le bien public:

Côte-d’Or – Justice Dijon : neuf ans de prison pour le handicapé mental violeur

le 23/05/2013 à 05:00 |

M e Wendel, conseil de la mère de Sarah, a plaidé la douleur de sa cliente et porté la demande de pardon d’une mère envers sa fille. Dessin Zziigg

Les jurés ont condamné mercredi soir André Labaci, un handicapé mental accusé d’avoir abusé sa belle-fille pendant deux ans, à 9 ans de réclusion.

On ne l’aura jamais autant regardé, André. Avec des regards différents mais jamais indifférents. Comme l’enfant qui a fauté, il attendait une « punition », pour des « bêtises », plus qu’un verdict criminel consécutif à des viols sur sa belle-fille Sarah (1) âgée de 8 ans. L’enjeu de ce procès le dépasse totalement. C’est une histoire de regard. Celui que la justice, représentée en cour d’assises par des jurés populaires aux deux tiers, porte sur les handicapés mentaux accusés de crimes. Me Samuel Estève, le défenseur d’André Labaci, en a parfaitement conscience lorsqu’il demande à la cour, et surtout aux jurés, de « ne pas juger André de la même façon qu’un accusé qui a toutes ses facultés intellectuelles ». Le code pénal le prévoit : la peine doit tenir compte des altérations de comportement. Mais le handicap mental fait peur, dans une cour d’assises comme ailleurs. Ailleurs, on détourne le regard. Là, il faut au contraire regarder et juger sans préjugés. Mais qui n’en a pas, envers les handicapés mentaux ? Me Estève insiste, avec raison : « Jugez-le comme s’il était votre enfant. Vous voudriez alors qu’il soit jugé comme il est ». La veille, l’expert-psychiatre avait expliqué que chacun pouvait avoir un fils comme André. Son handicap est le fruit du hasard de la grande roue de la fortune qui nous fait naître hic & nunc , avec des caractéristiques physiques et intellectuelles dont il faut s’accommoder. C’est le fatum des philosophes stoïciens, le destin contre lequel on ne peut mais.

La souffrance de Sarah parfaitement exprimée

L’avocat de la défense répondait-là aux réquisitions de l’avocate générale Marie-Noëlle Loriot qui, de son côté, a estimé que « l’altération est modérée ». Plutôt qu’un enfant, elle voit dans André « un prédateur déficient » qui « placé dans le même contexte, peut récidiver ». Et la peine qu’elle réclame, 10 ans de réclusion, est « le prix des actes » commis. « C’est une peine qui entend la souffrance de Sarah. » « Mais rendre la justice, ce n’est pas fixer un prix pour la souffrance d’une victime ! », lui rétorquera Me Estève.

La souffrance de Sarah a été parfaitement exprimée par Me Marie-Christine Klepping, qui a su mettre des mots durs mais mesurés sur ce dossier. Me Géraldine Wendel, conseil de la mère de Sarah, avait un rôle double, comme cela arrive parfois aux avocats sur les bancs de la partie civile. S’adressant à la Cour, elle a plaidé la douleur de sa cliente ; se tournant vers Sarah, elle a surtout porté la demande de pardon d’une mère envers sa fillette violée, qu’elle n’a pas cru.

Pour Me Estève, l’enjeu est bien celui de la peine. Quelle peine pour André et ses petits 64 de quotient intellectuel ? « En prison, pour lui, c’est l’enfer. Il n’est qu’un jouet pour les autres détenus. C’est à l’extérieur qu’il pourra continuer efficacement le travail psychologique entamé difficilement en prison. Il pourra alors devenir un autre homme. » Et, dans une de ces jolies formules dont il a le secret, le pénaliste conclut : « Sauvez ces deux enfants. Sauvez André, sauvez Sarah ».

En condamnant André Labaci à 9 ans de réclusion, la Cour l’a en partie entendu.

(1) Le prénom a été changé.

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