Émilien a reçu du courrier…

A lire sur le blog Vivre avec l’autisme:

(…) C’était il y a quelques jours, Émilien a reçu du courrier. Dix lettres d’un coup, du même expéditeur, au format DL avec fenêtre à droite, pas du style de ce que l’on pouvait recevoir à cet âge-là, d’avant le web, quand on était un jeune garçon ado/adulte en pleine santé et soucieux de sa socialisation et/ou de sa sexualité ; pas du style où les points des « i » se transformaient en cœur, où la couleur de l’enveloppe, un grammage particulier ou des mentions pas obligatoires du genre «fais vite petit facteur, car mon amitié est pressée» connotaient déjà, avant la libération fébrile d’un contenu pulsif, une attention particulière, une plus-value parfumée aux perspectives épistolaires… Et qui faisait s’obliquer le regard amusé des parents complices.

Non, ces dix lettres que j’étale en éventail devant moi, presque les premières qui lui soient adressées de toute la vie de mon adulte autiste, sont plus platement flanquées d’un logotype étatique imprimé à l’économie grise et leur fenêtre révèle pour chacune le même texte dont l’aphérèse de quelques caractères n’en révèle pas moins le contenu injonctif et pragmatique : «MMES A PAYER, M. Émilien T., adresse…»

Côté discrétion, on peut mieux faire, l’élégance n’est pas de mise là où l’injonction est requise ; mais bon, si cette accumulation tend à faire de mon grand fils autiste un grand délinquant social, notre facteur et les divers manipulateurs de la Poste doivent en voir d’autres et de bien d’autres couleurs et je savais ces lettres devoir venir ; je savais le retard de quelques années pris par une entité administrative quelque part dans un bureau d’un service du Conseil Général qui nous intéresse, je savais Émilien devoir à la Société bien des mois de son loyer d’adulte handicapé, quelques trimestres dus depuis qu’il a intégré son Centre, il y a presque trois ans. Je n’ai pas besoin de calculer la somme totale que ces lettres lui réclament, quelque dix mille euros. Soyons didactique et trivial jusqu’au bout, l’équation est simple : en FAM [Foyer d’Accueil médicalisé], on laisse par mois à l’adulte handicapé 30% de son AAH [Allocation Adulte Handicapé], soit 218 € environ, le reste revient au Conseil Général qui finance le Centre à 70% (1). Conseil Général, qui dans notre cas et pour l’anecdote, lors du décès d’Émilien et en sous entendant qu’il nous survive, fera valoir son droit à récupération sur la succession… Soit tout notre patrimoine en l’absence de descendance. Nous aurons donc épongé une partie de notre dette à la Société, contractée par le handicap de notre enfant et la nécessité de sa prise en charge. Yes !  Lire la suite.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *