Garage, un film de Lenny Abrahamson

A voir sur A voir A lire:

Si vous êtes en panne de bons films, allez fréquenter ce Garage qui vous permettra de réviser vos jugements sur les déficients mentaux.

L’argument : Considéré par ses voisins comme un marginal inoffensif, Josie a passé toute sa vie d’adulte à tenir une station service poussiéreuse à la périphérie d’une petite ville du fin fond de l’Irlande. C’est un homme simple, solitaire, irréductiblement optimiste et, à sa manière, heureux. L’arrivée d’un jeune apprenti au garage finira par tout bouleverser.

Notre avis : La campagne irlandaise. Ses grands espaces verts, ses petites villes paumées avec l’unique pub du coin, sa station service quasiment désaffectée et… son idiot du village. Plantant leur caméra dans cet endroit abandonné de tous, Lenny Abrahamson et son complice Mark O’Halloran (déjà aux commandes de Adam & Paul (2004) qui a glané des récompenses un peu partout dans le monde) se font les témoins de la désertification des campagnes profondes, sorte de no man’s land où les êtres humains sont tout aussi paumés que le site. Ils nous invitent à faire la connaissance de Josie, l’imbécile heureux du coin, véritable bloc de bonheur et de bonté. Incapable d’avoir la moindre pensée méchante, ce personnage, peut-être un rien cliché, provoque en nous une immédiate sympathie. Proche de la nature et des animaux – très belles séquences avec le cheval – cet homme simple est toujours disposé à rendre service tout en n’étant pas payé de retour.

A partir de ce sujet casse-gueule et très chargé en pathos, les auteurs parviennent à trouver le ton juste grâce à une économie d’effets bienvenue. Peu de dialogues, pas beaucoup plus de musique, Garage décrit l’ennui et le désœuvrement avec un souci du détail qui touche au plus profond. Jamais misérabiliste, ni même mélodramatique, le métrage enregistre le parcours d’un homme bon qui se fait exploiter par les autres, y compris par ceux qu’il prend pour ses amis. La principale force des auteurs est de se placer toujours du point de vue de Josie, sans jugement hâtif ni sentence définitive. Leur constat est tout de même terrifiant puisqu’ils en concluent qu’il n’y a plus de place en ce monde pour l’innocence et la bonté. Certains argueront à raison que, parfois, filmer l’ennui est assommant et que Garage n’est pas toujours passionnant. Sans doute est-ce vrai. Mais il est également indéniable qu’il est rare de tomber sur une œuvre évoquant la déficience mentale avec autant de retenue. Josie, être solaire dans un paysage gris, coupable d’être heureux alors que tous les autres ne le sont pas, est interprété de main de maître par Pat Shortt. Le film entier est porté par cette formidable performance qui restera longtemps gravée dans les mémoires de ceux qui iront fréquenter son garage.

Voici l’affiche du film à sa sortie:

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *