Lorsque des personnes en situation de handicap mental sont insérées dans le monde du travail, elles sont radieuses

Lu sur le site de Sud-Ouest:

Charente-Maritime : réinsertion réussie pour Valérie en situation de handicap mental

En situation de handicap mental, elle travaille au magasin Kiabi de Saintes

Valérie a trouvé dans son travail à Kiabi une reconnaissance sociale épanouissante.Valérie a trouvé dans son travail à Kiabi une reconnaissance sociale épanouissante. (photo s. d.)

Elle en a pleuré de joie. Il y a quelques semaines, Valérie, 46 ans, a été mise à l’honneur lors des Victoires de l’accessibilité organisées à Rochefort, pour l’intégration des personnes en situation de handicap mental. « Elle a entendu des mots qui l’ont valorisée et non stigmatisée, comme « réussite », « succès »… Pour elle, c’était quelque chose de géant. »

L’homme qui parle est Frédéric Bouerie, le gérant de l’enseigne Kiabi à Saintes qui, depuis 2006, accueille des personnes comme Valérie pour les intégrer au fonctionnement de son magasin de prêt-à-porter, dans la zone de Parc les Coteaux.

« Il faut en parler »

Le chef d’entreprise, qui a remporté cette victoire de l’accessibilité, ne voulait pas en parler. « Ce n’est pas quelque chose que je fais pour la gloire ou pour faire de la pub », assure-t-il. C’est Jean-Marc Bonnet, le Monsieur Économie de l’antenne saintaise de la Chambre de commerce et d’industrie, qui a « cafté ». « Lorsqu’il y a des choses intéressantes, désintéressées et qui réussissent, il faut en parler », insiste ce dernier.

Cette réussite s’appelle donc Valérie. Après avoir commencé à mettre des vêtements sur des cintres et à accrocher des antivols dans l’arrière-boutique de Kiabi, en 2010, avec d’autres pensionnaires de l’Esat (établissement et service d’aide par le travail) de Saintes, elle a peu à peu intégré le magasin deux demi-journées par semaine, parfois plus, au rayon réservé aux enfants où elle est accompagnée par Fabienne, une salariée devenue sa tutrice. « Je trie les vêtements et je mets en rayon. Lorsqu’un client vient me voir, je vais chercher Fabienne », explique Valérie, que l’on sent épanouie. « Ça me plaît et on me fait confiance. »

Pour en arriver là, il a cependant fallu y aller doucement. « Pour elle, travailler dans la surface de vente du magasin n’est pas rien. L’objectif était d’éviter tout stress », confirme Daniel Almeida, chef de service à l’Esat de Saintes, un établissement de l’Adapei (Association départementale des amis et parents de personnes handicapées mentales).

Un effet socialisant

C’est lui, avec une monitrice présente sur place, qui encadre ce dispositif à Kiabi. « Pour nous, cette expérience est très importante. Lorsque des personnes en situation de handicap mental sont insérées dans le monde du travail, elles sont radieuses, insiste-t-il. Dans le cas présent, ça a pu fonctionner en raison de l’implication d’une vendeuse, en l’occurrence Fabienne, qui s’est investie dans sa mission. Si la salariée commence à se dire qu’elle va avoir quelqu’un dans les pattes, ce n’est pas la peine. »

Tout doit être pesé, les risques calculés. L’ensemble du personnel a été briefé et une petite charte d’intégration, écrite. « On ne sait pas comment l’humour peut être compris, par exemple. On travaille sur de l’humain hypersensible. Il faut faire attention », reprend Daniel Almeida. Pour l’équipe de Kiabi, c’est en tout cas une fierté. « J’ai pu le faire parce que le magasin tourne bien et que je suis franchisé », précise Frédéric Bouerie.

Beaucoup de clients ne se rendent pas compte du handicap de Valérie. Mais de là à franchir un nouveau palier dans un rôle de conseillère, c’est compliqué. « En arriver là, c’est déjà bien. Il a fallu qu’elle acquière des habitudes sociales comme de ne pas parler trop fort, de ne pas courir partout, d’être polie », souligne le chef de service de l’Esat.

Des petits pas, mais qui, au bout du compte, ont débouché sur une grande victoire.

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