Les accordailles de Marianne et Olivier

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Fous d’amour malgré le handicap

Reportage d’Annick Hovine. Reportage photo d’Olivier Papegnies

Marianne, 39 ans, et Olivier, 32 ans, ont décidé d’officialiser leur relation. Ils partagent un studio à Ittre, dans un service résidentiel pour adultes avec un handicap mental. C’était la fête à “La Maisonnée” pour leurs “accordailles”.

Une grosse larme roule sur la joue de Jean-Philippe, 31 ans. « Moi aussi, je veux un amour », répète-t-il d’un air buté. Les lunettes embuées, le regard vissé vers le bas, il tourne ostensiblement le dos à la salle où on fête les accordailles de Marianne Vervloet et Olivier Van Hove, deux résidents de « La Maisonnée », à Ittre, qui se sont dit oui une heure plus tôt. Pas devant le curé, ni même devant le maire, mais devant Jean-Luc Wasmes, le directeur de ce service résidentiel pour personnes adultes avec un handicap mental.

Jean-Philippe, trisomique, rêve d’une fiancée qui ressemblerait à Xena, mince héroïne de jeux vidéos, une brune aux longs cheveux dotée d’une forte poitrine. Et, surtout, qui ne serait « pas handicapée » comme lui. Le directeur de « La Maisonnée » lève les bras au ciel. « Ça, je n’ai pas en magasin », plaisante-t-il. Avant d’expliquer, gentiment : « Tu sais, moi, quand j’étais petit, j’étais amoureux de Sophia Loren. J’ai dû me rendre compte que c’était impossible « .

Mais aujourd’hui, rien n’y fait. Ni l’humour, ni l’attention, ni la sympathie : ce soir, Jean-Philippe semble inconsolable. Aîné d’une famille de quatre enfants, il vit comme une injustice de ne pas être en couple. Sa sœur vient d’accoucher; son frère va aussi avoir un bébé; le benjamin, homosexuel, va se marier avec son copain. Un comble pour le jeune trisomique qui a beaucoup de mal à comprendre et à accepter cette autre différence.

Le soleil généreux de ce radieux samedi de septembre s’attarde sur la terrasse en bois. C’est ici que la cérémonie a eu lieu. Des bouquets de ballons de baudruche blancs et roses, avec la mention « Vive les mariés », dansent au bout de leur ficelle. « Quelle belle journée ! », s’exclame la maman d’Olivier.

Large sourire perpétuellement accroché aux lèvres, le marié virevolte d’un invité à l’autre, débordant de bonheur. Il est fier dans son nouveau costume beige, acheté une semaine plus tôt « à Bruxelles, rue de Brabant ». Olivier adore la précision des horaires, des calendriers, des itinéraires. Il prend le train et le bus « De Lijn » tout seul le samedi pour retourner chez sa maman, à Zaventem.

Assise sur un banc, Marianne semble avoir un moment d’absence, soudain indifférente aux convives qui vident gaiement leur flûte. Son pied droit bat la chamade – signe d’une intense émotion, mêlée d’angoisse. Un instant qui n’échappe pas à sa belle-mère qui l’attire vers elle. « Oui, je suis remuée. C’est le mot « , dit Marianne. Elle a l’air retranchée en elle-même, perdue dans sa belle robe ivoire qu’elle a fabriquée, avec Fanny, l’éducatrice responsable de l’atelier fil et tissu. Elle serre les épaules, frissonne. « Elle a les mains froides. Elle a toujours froid ! », indique la maman d’Olivier.

La jeune mariée de 39 ans, sans proches, sans parents, n’a invité que quelques amis de « La Maisonnée ». Et Isabelle, sa première éducatrice référente à « La Passerelle », à Boitsfort, où Marianne a été placée à 12 ans. Elle venait de perdre sa maman. « Elle était encore toute gamine. Je l’ai accompagnée aux funérailles », se souvient Isabelle. C’était il y a 27 ans Marianne n’a jamais coupé le contact, malgré son départ de l’institution, à 18 ans. « J’en étais à mes tout débuts comme éducatrice. Elle démarrait tellement mal dans la vie. C’était un oiseau pour le chat. Elle était jolie comme un cœur. Et là Quel chemin ! C’est la première fois dans ma carrière que j’assiste à des accordailles. C’est vraiment très touchant. » Isabelle, émue, extirpe de son sac l’invitation où trois cœurs roses se superposent. « Je vais la garder ».

Marianne et Olivier résident respectivement depuis 22 ans et 11 ans à « La Maisonnée ». Ils se connaissent depuis longtemps; se sont rapprochés il y a deux ans; vivent dans un studio commun depuis un an. « Ca fait un bout de temps que Marianne vient à la maison : elle connaît tout le monde », indique Mme Van Hove. A la mariée : « Maintenant, tu sais que tu as une famille ». L’intéressée acquiesce sans un mot, tripote sa bague en argent toute neuve. Lire la suite.

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