Les personnes présentant une déficience intellectuelle peuvent être autodéterminées

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Mémoire de recherche sur l’autodétermination des personnes présentant une déficience intellectuelle

Par Coralie Sarrazin

Témoignage d’une étudiante en psychologie sur son étude du fonctionnement du village d’Aigues Vertes
1. Le contexte: votre organisation/structure, un mot sur son projet (d’établissement)

Cette recherche a été effectuée au sein de la Fondation Aigues-Vertes. Cette institution suisse prend en charge des adultes à partir de 18 ans présentant une déficience intellectuelle. Cette institution à but non lucratif, reconnue d’utilité publique, a pour but de contribuer à l’intégration sociale et économique de personnes présentant une déficience intellectuelle. Elle gère un lieu de vie se présentant sous la forme d’un village, situé dans la campagne genevoise, sur le territoire de la commune de Bernex. (http://www.aigues-vertes.ch)

Elle prend en charge une centaine de personnes. Les villageois vivent au village, ils y apprennent un ou plusieurs métiers au sein de divers ateliers : boulangerie, menuiserie, conditionnement, atelier textile et poterie. Les compagnons résident en dehors du village, bien souvent chez leurs parents ou en foyer. Ils se rendent au village chaque jour pour y travailler grâce à une ligne de bus des transports publics genevois, reliant le village à de nombreuses communes environnantes et à Genève. Il existe un centre culturel à Aigues-Vertes qui propose de multiples activités aux villageois et compagnons : fêtes annuelles, cours de mathématiques, d’informatique… mais aussi activités sportives et artistiques.

Cette recherche a été effectuée sur quatre mois durant le semestre d’automne 2011, dans le cadre de mon mémoire de fin d’études. Il s’agissait pour moi de travailler sur les capacités d’autodétermination des personnes présentant une déficience intellectuelle, de comprendre comment celles-ci sont amenées à être révélées, par quels moyens et quelle prise en charge. Pour les acteurs de l’institution ce travail a été l’occasion de bénéficier d’un regard nouveau sur leurs pratiques et pourquoi de définir des axes de réflexion pouvant les amener à s’améliorer encore.

2. La finalité de l’expérience

Les pratiques institutionnelles françaises sont bien différentes de la pratique mise en place au sein de cette institution et l’autodétermination est un concept oublié en France. Aussi j’ai voulu, à travers ce mémoire, montrer l’intérêt de travailler sur l’émergence des capacités d’autodétermination des personnes présentant une déficience intellectuelle.
L’autodétermination est un concept que j’ai découvert durant mon séjour en Suisse. Aussi, ma première interrogation a été celle-ci : ces personnes sont-elles vraiment capables d’être autodéterminées. Les villageois m’ont rapidement montré à quel point ils en étaient capables. J’ai donc choisis de poser cette problématique pour ma recherche :
Si les moyens, l’encadrement, l’environnement et un travail sur les capacités de la personne sont mis en place alors les personnes présentant une déficience intellectuelle peuvent être autodéterminées.
Cette problématique a été créée suite à l’analyse des modèles théoriques de P. Fougeyrollas et son processus de production du handicap, de Y. Lachapelle et ses technologies de soutien à l’autodétermination et de M. Wehmeyer et ses critères d’autodétermination.
Cette recherche a permis de montrer, ce qui est loin d’être considéré comme une évidence en France, que les personnes présentant une déficience intellectuelle pouvaient être autodéterminées. Il a été montré également que la prise en charge et l’environnement sont des éléments clés dans le processus d’autodétermination.

Cette recherche n’ayant duré que quelques mois, sa validation scientifique est discutable. Cependant est-ce vraiment nécessaire de démontrer scientifiquement que les personnes présentant une déficience intellectuelle sont capables d’autodétermination ? Elles nous le prouvent aisément par elles-mêmes…
Ce travail a une autre ambition, celle d’amener les institutions, les professionnels, les familles, les sceptiques à se mettre en question, à percevoir le handicap autrement qu’à travers les freins et les incapacités des personnes. En effet, l’autodétermination ne va pas de soi lorsque l’on parle de déficience intellectuelle. Par définition, les personnes déficientes intellectuelles présentent des limites de capacités intellectuelles, elles ont donc besoin d’aide, de soutien et d’accompagnement. Cela ne va pas de soi sauf si nous partons du principe que ce handicap qu’est l’absence d’autodétermination résulte de mécanismes sociaux, politiques et structurels et non uniquement de mécanismes personnels.

3. La mise en œuvre, le déroulement

J’ai découvert le Village d’Aigues-Vertes d’une façon plutôt originale : en regardant la télévision (http://www.wat.tv/video/folie-douce-3apoh_2flv7_.html). Un programme d’information avait décidé de lui consacrer un sujet nommé « la folie douce ». Etant étudiante à Paris, j’ai profité de l’existence d’un programme ERASMUS dans mon établissement pour me rendre en Suisse. J’ai d’abord contacté le directeur du village qui s’est vite montré à la fois intéressé et réticent. Il occupait ce poste depuis une année seulement et s’efforçait d’insuffler un élan de vie au village qui s’était quelque peu relâché. Faire venir une étrangère pour une recherche scientifique était une grande première pour Aigues-Vertes. Leur curiosité l’a emporté et j’ai été autorisée à intégrer le village. J’ai alors effectué de multiples entretiens auprès des dirigeants, des encadrants et des accompagnants, afin de comprendre au mieux les rouages de cette institution.
Malheureusement ma présence n’a été que de quatre mois, aussi je n’ai pas pu effectuer des entretiens avec les villageois qui s’étaient montrés très demandeurs.
C’est mon plus grand regret dans cette recherche, ne pas avoir eu l’occasion de laisser plus de place à la parole des premiers concernés par le sujet. Lire la suite.

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