Ain – Justice. Le handicapé mental accusé de viol condamné à sept ans de prison

Lu sur Le Progrès.fr:

Publié le 15/12/2012 à 06:01

Cour d’assises de l’Ain. L’avocat général avait requis huit à dix ans de prison et un placement sous bracelet électronique en fin de peine. La cour et le jury ont écarté cette possibilité, ouverte par une loi votée en août 2011.

Sept années de prison, puis à sa sortie un « suivi sociojudiciaire » durant huit années de plus, et à la moindre incartade un retour en prison pour trois années supplémentaires. La cour d’assises de l’Ain a choisi un juste milieu entre la peine de huit à dix ans de prison demandée par l’avocat général, suivie du port d’un bracelet électronique à sa sortie, et une peine plus courte suivie d’un encadrement psychiatrique suggérée par l’avocate de l’accusé.

Hier matin, M e Stéphanie Garcia, l’avocate de la victime, a détaillé le calvaire vécu par sa cliente. Ce viol particulièrement violent qui hante désormais ses nuits sans sommeil. Et elle a rappelé combien « la réponse judiciaire sera importante pour sa reconstruction ». Pour cette jeune fille fragile, en rupture familiale, « ce viol a rajouté du malheur au malheur », ajoutait l’avocat général, Henri de Poncins.

Face à un accusé « au discernement altéré » selon les psychiatres mais responsable pénalement, le représentant du parquet souhaitait surtout éviter l’écueil de l’excuse des faits par son handicap mental et sa prise de drogue. « Je veux bien qu’il soit débile, mais dans une certaine limite », s’est emporté l’avocat général.

« Nous ne sommes pas dans des faits enfantins, il a maintenu sa proie sous emprise », a expliqué Henri de Poncins, en dressant le portrait d’un accusé « rusé, manipulateur, qui élabore une stratégie, adopte un mode opératoire, puis joue la comédie devant les policiers».

L’avocat général s’inquiétait d’ailleurs de « la dangerosité » d’El Majdoubi. « Il y a un risque de réitération des faits, car son désir est tout puissant. Il est incapable de se maîtriser et n’éprouve ni culpabilité, ni empathie pour la victime. »

Outre l’emprisonnement, il a requis un placement sous surveillance électronique mobile, un « bracelet électronique », automatiquement après sa sortie de prison, une mesure prévue par une loi d’août 2011 et encore rarement appliquée. Mais cette mesure n’a pas été retenue par la cour et le jury.

Un réquisitoire sévère contre Ahmed El Majdoubi, « cet enfant dans un corps d’homme », comme l’a décrit son avocate. M e Séverine Debourg, qui rappelait le parcours chaotique de ce garçon atteint de retard mental et de puberté tardive par malformation génétique, et marqué dès l’enfance par « la mort qui rode autour de lui » : décès de son père, de sa sœur, d’une voisine.

Un jeune homme « livré à l’amour pathologique de sa mère qui lui passait tout, n’a jamais posé de limites et s’est opposée à une scolarité ou des soins en centre spécialisé ».

« La prison n’est pas la solution pour lui, concluait M e Debourg. C’est un condensé de délinquance et on ne peut y être bien soigné par un psychiatre. Elle doit le marquer de manière indélébile pour qu’il ne recommence pas mais elle ne doit pas l’écraser non plus. »

Frédéric Boudouresque

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