Déficience intellectuelle au Mali: l’AMALDEME

Les services au Mali, pays de l’Afrique de l’Ouest, sont limités en ce qui concerne les personnes ayant une déficience intellectuelle. Après un court vidéo, vous pourrez lire un article paru le 30 novembre dans Le quotidien national l’ESSOR. A titre informatif, 1,000,000 de francs CFA (la monnaie de l’Afrique de l’Ouest) équivaut à 1970$ Can., 1983$ US ou 1524 euros.

Photo International Service

Déficience mentale chez l’enfant : S.O.S AMALDEME!

Faute de moyen, l’Association malienne de lutte contre les déficiences mentales chez l’enfant a dû fermer certaines de ses structures spécialisées. Même l’emblématique Centre médico-psycho-éducatif (CMPE) de Lafiabougou est menacé dans son existence

L’Association malienne de lutte contre les déficiences mentales chez l’enfant est au creux de la vague. Elle se débat dans d’énormes difficultés et l’existence de ses structures d’encadrement est même compromise. Avant d’aborder ces difficultés, voyons l’esprit qui a prévalu à la création de ces centres et leur fonctionnement.

L’instruction est un droit pour tous dans notre pays. Ce droit est consacré par la Constitution, dans son article 18, qui précise que l’enseignement public est obligatoire, gratuit et laïc. Les déficients mentaux sont concernés par cette disposition constitutionnelle. Mais cette catégorie sociale est restée longtemps marginalisée par le système éducatif national.

Au début des années 1980, une dame de cœur, feue Mme Bagayogo Kadiatou Sanogo, prit l’initiative de faire quelque chose en créant l’AMALDEME qui s’est fixée comme mission la promotion des personnes en situation de handicap mental, à travers l’autonomisation, la scolarisation, l’apprentissage professionnel et la réinsertion sociale par le travail. Pour atteindre ces objectifs, il fallait des instruments. L’un de ceux-ci est le Centre médico-psycho-éducatif (CMPE) de Lafiabougou. L’Amaldeme dispose également de centres de rééducation à Bamako et des antennes dans les régions.

Le Centre de Lafiabougou serait aujourd’hui une référence dans la sous-région francophone. Des ressortissants du Burkina Faso, du Sénégal, de Mauritanie et du Togo viennent se former ici. « Nous prenons actuellement en charge 622 enfants déficients mentaux dont 97 sont pris en charge en permanence sur place. Ils reçoivent deux repas par jour. Les autres font de la rééducation fonctionnelle ambulatoire, c’est-à-dire que les parents les amènent le matin pour la rééducation et les ramènent à la maison le soir jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge scolaire », explique Soungalo Traoré, le directeur du CMPE.

Quand ils atteignent cet âge, ils sont envoyés à l’école de leur quartier. Il y a deux formes d’écoles : une école spéciale et une école intégratrice. L’école spéciale est réservée à ceux qui n’ont pas une capacité mentale leur permettant de faire le circuit scolaire ordinaire. On les éduque selon leurs besoins et ils ont des programmes éducatifs individualisés. C’est-à-dire que chaque enfant est une classe.

UN PIÈGE SANS FIN. Là, on ne parle pas de classe, mais de niveau. On distingue trois niveaux : éveil, initiation et réinsertion. Pourquoi l’éveil ? Selon les spécialistes, parce que dans les familles les enfants sont généralement laissés pour compte. Donc l’éveil se charge de les socialiser en les mettant ensemble, en les faisant jouer ensemble et faire des petits apprentissages ensemble. Au cours de l’éveil, certains montrent des aptitudes à faire mieux. Ils sont admis à l’initiation où ils apprennent les rudiments de l’écriture, de la lecture, du dessin et de tout autre exercice pour occuper le temps. A ce niveau encore, d’autres émergent et montrent plus de capacités. Ils sont donc envoyés à l’orientation.

C’est à partir de ce niveau qu’on peut se fixer sur leur aptitude à fréquenter l’école ordinaire. Dans ce cas, ils sont envoyés à l’école intégratrice. Ceux qui montrent une aptitude à faire un métier, sont placés dans un atelier d’apprentissage. Dans les deux cas, l’objectif est la socialisation. « Nous ne nous faisons pas d’illusion. L’objectif visé c’est que l’enfant puisse bénéficier de son droit à l’éducation. S’il arrive à avoir un diplôme de haut niveau, on applaudit. Ces deux systèmes scolaires sont des moyens d’action de l’Amaldeme. Car, nous sommes convaincu que l’intégration commence par l’éducation », développe Soungalo Traoré.

Un bus scolaire est chargé du transport des élèves le matin et le soir et cela a un coût. « Les parents sont généralement pauvres. Il suffit de leur demander une ou deux fois de l’argent pour qu’ils gardent l’enfant à la maison. Il se trouve que la plupart de nos partenaires viennent des pays occidentaux. Mais d’année en année, ils réduisent leur intervention. Or les besoins des enfants en produits de consommation comme le sucre, le lait, les céréales, augmentent chaque jour. Le carburant pour assurer le fonctionnement de la navette est aussi une autre grosse charge. Concomitamment, le nombre des pensionnaires augmente chaque année. Ce qui fait qu’on se retrouve dans un piège sans fin, un cercle vicieux. On consomme les ressources que nous trouvons. A un moment donné, on s’est retrouvé complètement démuni. Les agents ont fait des mois sans salaire. Un moment, on se contentait de faire fonctionner juste la cantine et la navette pour permettre aux enfants de venir à l’école tous les jours.

SANS EAU NI ÉLECTRICITÉ. Le centre est privé d’électricité depuis un an pour non paiement de factures s’élevant à 12 millions de Fcfa. « Nous avons frappé à toutes les portes mais personne n’a réagi », assure le directeur du CMPE.

La situation est née d’un fait. Auparavant, le centre était rattaché au ministère de la Santé. Ce département prenait tout en charge. Mais à la création du département du Développement social et de la Solidarité, l’Amaldeme a été affectée à ce ministère. La Santé a donc cessé de payer sa contribution. « Or le budget du Développement social ne nous prenait pas en compte. C’est comme ça qu’on s’est retrouvé avec des arriérés de facture de 12 millions », explique Soungalo Traoré.

Le centre dispose d’un forage équipé d’une pompe qui fonctionne à l’électricité. Depuis que l’électricité est coupée, le centre n’est plus ravitaillé en eau. Pour ses besoins, elle achète de l’eau à des vendeurs ambulants.

Les difficultés organisationnelles et administratives qui ont suivi le décès de la fondatrice de l’Association, sont aussi pour quelque chose dans les difficultés actuelles.

Soungalo Traoré reconnaît que l’État fait quelque chose mais que c’est toujours bien en deçà des besoins. « Quand l’Association créait ces structures, c’était juste pour montrer à l’État que c’était possible. Sinon, une association a beau être forte, il lui est impossible d’entretenir une telle structure pendant longtemps, avec les coûts qu’elle engendre. L’Amaldeme n’a fait que montrer la voie. C’est à l’État de prendre la relève. Car, il est du devoir de l’État d’éduquer tous ses enfants », plaide le directeur du CMPE.

C’est vrai que l’État prend en charge 70 % du personnel d’encadrement et donne une subvention d’environ 6 millions Fcfa par an en petits matériels. Ce qui fait qui fait de lui le premier partenaire de l’Amaldeme. Mais Soungalo Traoré juge que c’est bien peu. « Nous sommes en train de faire le travail de l’État à sa place. C’est pourquoi, nous estimons que cet effort n’est pas suffisant », poursuit notre interlocuteur qui déplore la volatilité de la subvention de l’État.

GRÂCE AU MOIS DE LA SOLIDARITÉ. « En fait, le montant de la subvention dépend de la volonté du gouvernement en place. L’Amaldeme ne reçoit pas une somme fixe tous les ans. Quel que soit le montant alloué, il doit être régulier pour que nous puissions le programmer en fonction des activités et des priorités », observe Traoré.

Cette année, constate-t-il, le CMPE fonctionne grâce aux activités du Mois de la solidarité. C’est à la faveur de ce mois que le Centre a reçu du lait, du sucre et d’autres provisions pour faire fonctionner la cantine. La société Sotelma-Malitel a donné du sucre et du lait. La Fondation Bank Of Afrika a offert une contribution de 2 millions de Fcfa. « C’est ce qui a permis au centre de tenir jusqu’aujourd’hui. Quand ces ressources s’épuiseront, le Centre restera sans moyen d’existence», redoute Traoré

Le sacrifice est consenti par le personnel d’encadrement. Les agents qui sont fonctionnaires de l’État sont payés régulièrement. Mais ceux qui dépendent du budget de l’Amaldeme sont à leur sixième mois sans salaire. Ils sont 47 sur un effectif de 92 personnes. Pour les antennes régionales, l’Amaldeme est appuyée par les académies. Elle n’a donc pas de frais à engager dans le fonctionnement de ces antennes. Les difficultés ressenties à Bamako n’affecteraient pas les structures de l’intérieur.

Aujourd’hui, les difficultés conjoncturelles ont causé la fermeture de centres de Baguinéda pour l’apprentissage professionnel des garçons et de Djélibougou pour les filles. Ce dernier était une référence en matière d’éducation et de réinsertion des filles, selon sa directrice, Mme Diallo Aïssata Traoré. La structure comptait 20 filles âgées de 16 ans et plus. Elles étaient formées en couture, en cuisine, maraîchage, enseignement ménager, fabrique de savon, teinture. Cela leur permettait de se prendre en charge dans la vie sociale.

Le centre de Banankabougou considéré comme un centre intermédiaire (car il s’agit d’une duplication de celui de Lafiabougou) a aussi fermé ses portes.

Un autre défi pour le Centre est la formation du personnel qualifié. « Il nous faut faire appel aux étrangers pour former le personnel sur place ou envoyer les agents à l’extérieur. Souvent, des opportunités nous sont offertes, mais nous n’arrivons même pas à apporter notre contrepartie qui est d’assurer le transport des agents que nous voulons envoyer », souligne Soungalo Traoré.

Pour lui, la seule stratégie viable pour sortir l’Amaldeme de ce marasme est que l’État donne les trois formes d’écoles (la maternelle, l’école intégrée et l’école spéciale) au ministère de l’Education et que l’école spécialisée soit confiée au ministère de la Famille, de la Promotion de la Femme et de l’Enfant. Pour son fonctionnement, l’Association se débrouillerait alors elle-même comme les autres associations.

C. A. DIA

Posté par Cheik A. Dia le 30 nov 2012.

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  • Prendre en charge les enfants déficients intellectuels,
    avec l’AMALDEME
La mission de l’Amaldeme est la promotion de la personne déficiente intellectuelle et la défense de ses droits. Elle est la seule association malienne à avoir développé une prise en charge spécifique des enfants porteurs de ce type de handicap.
Pour cela, elle se donne pour objectifs : la prise en charge d’enfants et de jeunes (3 à 25 ans) déficients mentaux en terme de rééducation, scolarisation, formation professionnelle, apprentissage et travail, l’appui conseil aux parents, la formation de personnel spécialisé. L’Amaldeme est présente à Bamako et a développé des antennes en région. Sur Bamako, l’Amaldeme comprend 3 volets d’activités : une école spéciale pour les enfants déficients mentaux, une école intégratrice, accueillant 15 élèves déficients au sein de classes traditionnelles, et le service thérapie permettant de faire des diagnostics des enfants et de les suivre (enfants du centre et de l’extérieur).

Photo Associatoon Asmae Soeur Emmanuelle

 

 

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