La technologie au service des déplacements d’une personne ayant une DI

Yves Lachapelle Photo UQTR

Voici une étude de Lachapelle, Lussier-Desrochers, Caouette et Therrien-Bélec intitulée L’UTILISATION D’UN ASSISTANT AU DÉPLACEMENT : ÉTUDE DE CAS EN DÉFICIENCE INTELLECTUELLE, parue dans la Revue francophone de la déficience intellectuelle.

Contexte

« (…) L’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC) est une avenue de plus en plus souvent empruntée pour soutenir le fonctionnement global des personnes présentant une déficience intellectuelle (Lachapelle, Lussier-Desrochers et Pigot, 2007). Ces différentes solutions technologiques constituent un moyen novateur de favoriser l’expression du potentiel de ces personnes puisqu’elles permettent la conception de modalités de soutien personnalisées (American Association of Intellectual and Developmental Disabilities ou AAIDD, 2010). (…)

Parmi les différentes technologies disponibles, certaines soutiennent de façon plus particulière l’émergence de comportements autodéterminés chez les personnes présentant des incapacités intellectuelles. Elles sont appelées technologies de soutien à l’autodétermination (TSA). Rappelons que l’autodétermination se définit comme : « les habiletés et les aptitudes, chez une personne, lui permettant d’agir directement sur sa vie en effectuant librement des choix non influencés par des agents externes indus » (Lachapelle et Boisvert, 1999). Une personne qui présente des actions autodéterminées agit de manière autonome, a la perception d’exercer un contrôle sur sa vie et mise sur ses forces pour optimiser son développement personnel. (…)

Objectifs de recherche

L’objectif principal de l’étude consiste à expérimenter l’utilisation d’une technologie soutenant le déplacement sécuritaire et autonome d’un jeune homme de 19 ans atteint du syndrome de Down. De façon plus spécifique, l’étude poursuit les objectifs suivants : (a) traduire et adapter en français l’interface Discovery Desktop et le logiciel Visual Assistant; (b) expérimenter ces deux applications sur un téléphone intelligent et en évaluer la pertinence pour soutenir les déplacements d’une personne vers quatre différents lieux de la ville de Montréal; (c) déterminer si cette technologie peut aider une personne à exprimer des attentes, faire des choix, poser des actions concrètes et résoudre des problèmes. (…)

Expérimentation

Le participant a dans un premier temps sélectionné quatre nouveaux trajets qu’il souhaitait réaliser à partir de sa résidence, et ce, en fonction de ses intérêts personnels. Les destinations retenues ont été l’appartement de sa soeur, la Bibliothèque nationale du Québec et deux magasins de vente de livres et de disques. Par la suite, les scénarios de chacun des trajets ont été rédigés. Des photographies représentatives de chacune des étapes ont également été prises. Le trajet a ensuite été configuré dans l’appareil avec un support audio et visuel. Le participant a été invité à choisir dans quel ordre il voulait réaliser les quatre trajets. Les trois premiers trajets ont été réalisés avec le soutien de l’intervenant tandis que le dernier trajet a été réalisé de façon autonome par le participant. (…)

RÉSULTATS

Les entretiens réalisés au terme de l’expérimentation ont permis de constater que le participant était heureux, excité et confiant lors de l’utilisation de l’assistant. Les parents ont remarqué la fierté de leur fils à utiliser l’assistant. Après la première expérimentation pour se rendre chez sa sœur, le père a rapporté que son fils s’est exprimé ainsi au sujet de l’assistant : « […] Ha! C’est facile… tout a bien été […] » Lors de la deuxième utilisation, le participant s’est rendu à la Bibliothèque nationale du Québec. Après avoir expérimenté pour une première fois ce trajet, le
participant a nommé qu’il pouvait maintenant faire le trajet seul, avec le soutien de l’assistant. Bien que l’intervenant l’ait accompagné pour les trois premières expérimentations, le participant n’a pas eu besoin de soutien pour l’utilisation de l’assistant. L’intervenant a d’ailleurs souligné l’enthousiasme et l’efficacité du participant dans l’utilisation de l’assistant, et ce, dès la première utilisation. « […] C’est comme s’il l’avait déjà tilisé avant […] », a nommé ce dernier. Le participant a par la suite utilisé de façon complètement autonome l’assistant pour se déplacer pour les quatre destinations ciblées. (…)

DISCUSSION

Les données quantitatives n’ont pas permis de mesurer de différence au niveau de l’autodétermination du participant. Toutefois, ce résultat tend à confirmer que l’échelle peut difficilement déceler des variations au niveau de l’autodétermination sur des périodes aussi courtes. (…)

Les données qualitatives ont pour leur part permis de constater qu’à l’exception de certaines difficultés mineures rencontrées (bruits dans le métro, réflexion du soleil sur l’écran, etc.), les résultats obtenus ont été fort positifs. Le participant n’a eu besoin d’être accompagné qu’à trois reprises avant d’être en mesure d’utiliser de façon autonome la technologie. Bien que celle-ci se soit avérée être très efficace, il ne semble pas nécessaire de l’utiliser pour tous les déplacements. (…)

Les propos recueillis auprès des parents et de l’intervenant appuient l’hypothèse que l’assistant au déplacement aurait un impact significatif sur la
capacité du participant à anticiper des actions, faire des choix et à résoudre des problèmes en matière de déplacement. (…)

CONCLUSION

Cette étude a été l’une des premières réalisées dans le cadre de la Chaire de recherche sur les technologies de soutien à l’autodétermination (www.chairetsa.ca). Bien qu’il s’agisse d’une étude à cas unique ce qui en limite la portée, elle confirme tout de même la pertinence de poursuivre la recherche sur les technologies mobiles comme soutien à l’autodétermination des personnes vivant avec une déficience intellectuelle. Parmi ses différentes retombées, l’étude a permis de produire et de rendre disponible une version francophone d’un logiciel et d’une interface permettant de soutenir les déplacements autonomes d’une personne. Cette avancée constitue une contribution majeure, puisqu’elle permettra d’orienter la recherche sur les technologies mobiles afin d’en vérifier l’efficacité dans le champ de la déficience intellectuelle dans d’autres situations, telles que la réalisation de tâches en milieu résidentiel et de travail.»

On peut lire l’article complet ici.

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