Où s’en va le socioprofessionnel dans les CRDI?

Voici la reproduction intégrale d’un article de L’INFOCRADI, le journal du Comité régional des associations pour la déficience intellectuelle. On y retrouve, expliquée très clairement, la situation actuelle des services des CRDI en ce qui concerne le sociopro. Cet article est paru dans le no.20, vol1, mai 2011.

Le socioprofessionnel : ce qu’il en advient

rédigé par Thérèse Colin et Hélène Morin à partir d’une présentation d’Isabelle Tremblay de l’AQRIPH

Les centres de réadaptation en déficience intellectuelle et troubles envahissants du développement (CRDITED) avaient jusqu’à récemment une responsabilité d’accompagner les usagers et usagères des services socioprofessionnels. Avec la venue de contraintes engendrées par une reddition de comptes axée sur le Plan d’accès ainsi que la hiérarchisation des services, les CRDITED et les CSSS ont entrepris de clarifier leurs rôles respectifs dans la dispense de services. Ainsi, les services se définissent-ils de la façon suivante :

1re ligne : services d’intégration sociale visant la participation sociale et le maintien des acquis de l’usager;

2e ligne : services d’adaptation/réadaptation visant l’atteinte d’un potentiel optimal d’intégration sociale, scolaire et professionnelle.

Sur le terrain

D’une part, les CRDITED tendent à se départir de certaines personnes qu’ils considèrent comme ayant atteint le maximum de leur potentiel d’adaptation/réadaptation et c’est à la 1re ligne de leur prodiguer des services de maintien des acquis et de participation sociale (Dans certaines régions, les services de 1re ligne incluent les organismes communautaires).

D’autre part, on constate une lacune dans la planification de la transition des responsabilités. On assiste aussi à toutes sortes de scénarios de résolution de problèmes qui consistent souvent en coupures de services (fermeture de centres de jour, perte d’allocations de fréquentation, etc.) d’une clientèle vulnérable. Bref, les changements entrepris sont inquiétants et les nouvelles ressources pour y faire face ne semblent pas au rendez-vous. Avec une éventuelle fermeture des services de jour des CR, le rôle des ressources de type familial (RTF) est remis en question : contrats et obligations pourraient changer. Mais les RTF sont-elles prêtes à assumer ce pourquoi elles n’ont pas signé? Sont-elles formées pour donner des services socioprofessionnels?

Par ailleurs, les travaux du CAMO concernant les activités de travail dans un parcours vers l’emploi (stages) ou dans un parcours de participation sociale visent à mieux définir les responsabilités des ministères concernés (MSSS et MESS). En fait, chaque instance y va de sa solution avec les moyens dont elle dispose.

Le poids de ces changements retombe souvent sur les familles et les associations. Il n’est pas rare que des parents, à court de ressources, font pression sur les associations arce que leur fils ou fille ne reçoit plus de services appropriés du CRDITED. Ces derniers font diverses tentatives auprès des associations, le mot d’ordre semblant être le délestage des responsabilités du système vers les organismes du milieu associatif.

Enjeux et questionnements sur l’impact des transformations

À la vue de ce portrait, plusieurs questions se posent, des commentaires s’imposent :

– Le plan d’accès aux services ne donne pas les résultats escomptés car il ne mesure que des données quantitatives pour l’accès à un premier service. Les Agences disposent-elles des moyens pour bien évaluer les résultats, en incluant le côté qualitatif?

– Quelles sont les responsabilités effectives des réseaux de la santé et des services sociaux (CRDITED et CSSS) et de l’emploi? Des personnes pourraient-elles ne relever d’aucun réseau alors qu’avant le réseau de la santé et des services sociaux assurait le filet social ?

– Quand on parle d’intégration sociale, des parents y voient une façon d’avoir du répit mais ces activités doivent, en premier lieu, servir à la valorisation et à l’intégration sociale de la personne. C’est une prime si elles permettent le répit des familles.

– Dans les divers partenariats, où se situe le réseau de l’éducation et quel pourrait être son rôle, notamment si on fait référence à la transition école-vie active?

– Dans cette transformation, il faut se poser des questions sur la mission des associations et le rôle que le réseau de la santé semble vouloir leur faire jouer. Il n’est pas question d’une sous-traitance à rabais et l’expertise requise doit être disponible à des conditions salariales suffisantes. De plus, la responsabilité envers les personnes, tout comme l’imputabilité et la reddition de comptes sont à considérer.

En somme, d’une région à l’autre, on risque d’assister à une panoplie de tentatives de réponse aux besoins qui pourraient laisser des personnes de côté. Les personnes laissées à elles-mêmes sans milieu d’appartenance, de socialisation et de réalisation risquent de perdre leurs acquis. On peut aussi se demander s’il existera des nouvelles ressources pour les soutenir dans leur projet de vie.

Enfin que dire des pressions qui s’exercent sur les organismes communautaires pour augmenter leur offre de services? Les associations n’ont pas nécessairement la formation pour répondre à ce qui leur tombe dessus ni le désir d’assumer une mission qui était jusqu’à maintenant un service public? Dans cette réorganisation de services, pourra-t-on sauvegarder la qualité des services et des activités offertes à nos gens? Certaines personnes en viennent à dire que le passage de la première à la deuxième ligne causera peut-être plus de dommage que la désinstitutionalisation…

Les actions

Depuis mai 2010, l’AQRIPH, l’AQIS et le Mouvement PHAS ont fait des démarches pour rencontrer les ministres responsables de ce dossier (ex-ministre Lise Thériault et nouvelle ministre Dominique Vien) dans le but de discuter de la situation et de comprendre la stratégie gouvernementale à ce sujet. En novembre dernier, n’ayant pas reçu de réponse à cette demande, ces mêmes organismes ont écrit à la Protectrice du citoyen afin de la mettre au courant de l’urgence de la situation. En avril dernier, suite à des représentations de ces organismes, les députés de l’opposition interrogeaient la Ministre, lors de l’étude des crédits à l’Assemblée nationale, à propos de cette rencontre demandée par le milieu associatif. On attend toujours!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *