Des artistes ayant une déficience intellectuelle

CREAHM

Je vous présente aujourd’hui un atelier d’art pour des personnes ayant une déficience intellectuelle.

Bernard portrait Bernard série train

Christelle Roulin

portrait

«Le CREAHM (créativité et handicap mental) est créé en 1998 à Fribourg sur le modèle belge. Des fribourgeois, intéressés par le projet d’un atelier de création pour personnes présentant un handicap, décidèrent de débuter l’expérience qui aboutit dans un premier temps à une exposition en 2000 au musée singinois de Tavel. Le premier animateur de l’atelier, l’artiste peintre Ivo Vonlanthen, en est aussi le fondateur. L’atelier commence par ouvrir un jour par semaine. Puis, les moyens grandissant petit à petit, l’atelier peut ouvrir deux, et même trois jours par semaine actuellement.

Les principes de Luc Boulangé, lorsqu’il a mis sur pied le premier atelier CREAHM en Belgique, sont respectés encore aujourd’hui, et c’est sur eux que se base la philosophie du CREAHM Fribourg.
Ils s’ancrent dans la conviction que des personnes en situation de handicap mental ou psychique douées d’un talent créateur trouvent dans les arts plastiques un mode privilégié d’expression , un sens à leur vie et une identité d’artiste pour autant qu’on leur en donne les moyens.

Denis Piccand

Denis_portrait Denis 50x70cm aquarelle

Iason Scyboz

Iason portrait

Un comité composé de dix personnes, dont un président et un caissier, gère l’association. Chaque membre met bénévolement ses compétences au service du bon fonctionnement. Deux animatrices artistes assurent les trois journées d’ouverture. Une secrétaire s’occupe de l’administration et de diverses tâches inhérentes à la vie de l’atelier.

L’atelier CREAHM compte actuellement seize artistes, plus deux en stage probatoire. Tous fréquentent l’atelier de manière régulière. Certains y travaillent un jour par semaine, d’autres deux, et une seule artiste y vient les trois jours. L’âge des artistes varie de 17 à 55 ans ! Chacun développe un travail artistique personnel bien particulier.

Léonard Périès

léo portrait Léo fusain et brou

Stéphane Repond

Stéphane_portrait.jpg

Les artistes montrent régulièrement leurs travaux, individuellement, par petits groupes et quelques fois tous ensemble. Ils exposent aussi parfois avec des artistes extérieurs à l’atelier. Depuis la fondation de CREAHM Fribourg, plus de cent expositions, événements ou installations ont été mis sur pied, dans le canton, en Suisse et à l’étranger.

Un projet est présentement en cours qui vise à faire collaborer des artistes professionnels avec des artistes en situation de handicap. Six paires vont réaliser des oeuvres diverses qui seront exposées à l’Ancienne Gare dès le 15 novembre 2012. Le but est de provoquer un échange enrichissant entre les deux participants.»

Véronique Bovet

Véronique portrait

Il existe plusieurs associations CREAHM en Belgique: le CREAHM Bxl asbl, le CREAHM de Liège, CREAHM sud.

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Un atelier assez semblable existe au Québec, à Beloeil au Québec. Il accueille une douzaine d’artistes ayant eux aussi une déficience intellectuelle. Voici quelques unes de leurs œuvres (en cliquant sur la photo, vous arriverez à la page):

Ces 7 photos sont tirées de la page de l’Arche Canada.

Écoutons un artiste nous parler de son inspiration en commentant ses toiles:

Vidéo de l’Arche Canada.

Le droit de concevoir un enfant «sain»

Photo eCourt

 

On le sait*, le dépistage de la trisomie 21 fait débat présentement en Europe. Dans cette perspective, un récent jugement de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) ouvre de nouveaux horizons de réflexion.

Porteurs sains de la mucoviscidose (une maladie génétique), un couple italien risquait de transmettre cette maladie génétique à leur futur enfant. En recourant à une technique de procréation in vitro, les intéressés n’aspiraient donc pas seulement à accéder à la parenté : en permettant qu’un diagnostic génétique préimplantatoire soit réalisé afin de sélectionner in vitro un embryon, ils souhaitaient être assurés de donner naissance à un enfant dépourvu de cette pathologie génétique. La Revue des Droits de l’Homme présente une analyse de ce jugement et souligne que «(…) Éminemment sensible, le contentieux du diagnostic préimplantatoire aux fins d’éviter la naissance d’enfants affectés de maladies graves est aussi frappé du sceau de la plus vive actualité. L’accès à des diagnostics prénataux pour détecter la trisomie 21 a ainsi donné lieu à quelques récents débats en Europe (v. Jean-Yves Nau, « La fin de l’amniocentèse, un début de débat sur la trisomie ? », in Slate, 20 août 2012 ; sur ce sujet, lire le point de vue de Diane Roman, « Dépistage prénatal de la trisomie 21 : la femme enceinte a-t-elle son mot à dire ? », in Le Nouvel Observateur – Le Plus, 23 août 2012). Dans ce contexte, l’arrêt Costa et Pavan c. Italie et la retentissante condamnation prononcée par la Cour européenne des droits de l’homme ne peuvent donc laisser indifférents.

Se pose alors la question suivante: « La lecture de l’arrêt d’août 2012 soulève en particulier une importante question : un droit conventionnel de concevoir un enfant « sain » – impliquant un droit corrélatif d’accès au diagnostic préimplantatoire – est-il désormais reconnu dans la jurisprudence européenne ?»

Les éléments du jugement recèlent une certaine ambiguïté, qui ne permet pas de répondre clairement à la question. «Selon les juges européens, « le droit invoqué par [ces requérants] » ne peut être désigné ainsi. Leur demande « se limite à la possibilité d’accéder aux techniques de la procréation assistée et ensuite au [diagnostic préimplantatoire] en vue de procréer un enfant qui ne soit pas affecté par la mucoviscidose, maladie génétique dont ils sont porteurs sains » (§ 53). La nuance peut sembler infime voire confiner à la distinction byzantine. Mais ainsi, la Cour minore quelque peu le « risque de dérives eugéniques » (§ 46).

L’arrêt Costa et Pavan c. Italie recèle toutefois divers indices qui, à l’inverse, étayent l’hypothèse d’un véritable droit conventionnel à un diagnostic préimplantatoire en cas de risque de « maladie génétique spécifique d’une particulière gravité […] et incurable au moment du diagnostic ».

Je vous recommande de lire l’article de la Revue des Droits de l’Homme. C’est un peu aride, mais on comprend mieux les enjeux éthiques soulevés par cette question. Je le rappelle, ce jugement ne concerne pas le dépistage de la trisomie, mais les conclusions de la Cour pourraient être utilisées pour d’autres dépistage prénataux que ceux où des parents porteurs d’anomalies génétiques sont en cause.

Par ailleurs, la question ne se posera pas en Arizona. En effet, cet État a voté en avril dernier une loi qui établit qu’une femme est légalement enceinte deux semaines avant la conception. Cela permet de devancer de 2 semaines la date limite d’un avortement, et donc d’en réduire le nombre, puisque plusieurs anomalies du fœtus ne peuvent être détectées avant la 20e semaine. Vous pouvez lire ici un article en anglais faisant état de cette législation.

* Voir article du 7 août 2012